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Une histoire au jour le jour... (4)

Chapitre 3 : L’autre univers

 

 

 

Par la fenêtre, il contemplait un arbre au tronc rouge et aux feuilles or dansaient dans la légère brise tiède du matin. Le gazon jaune et plein de vie sentait bon la cardamome. Mais il savait que ce paysage n’était presqu’une illusion, un reflux des bonheurs d’antant. Il s’agissait d’un des derniers bastions sur la planète où la Nature pouvait ‘vivre’ en paix.

Il savait que par delà ces murets, qui reculaient presque de jour en jour, qui marquent la limite nord de son territoire, la mort et la souffrance ne sont que les seules reines.

 

Quelqu’un frappa à sa porte, il plaça immédiatement ses mains derrière le dos, c’était la manière dont devait se tenir les personnes de son rang, même si cela lui semblait plus une contrainte qu’un avantage de montrer par ces gestes son statut social. Un luxe dans les circonstances actuelles, songea-t-il.

-            Entrez, lâcha t-il enfin lorsqu’il avait prit la pose et se sentait prêt.

Une femme, vêtue d’un tablier jaune à surprotection noire, entra, tirant derrière elle, un petit chariot argenté.

-            Votre petit déjeuner Mon Prince.

-            Merci Kestiana, déposez-le sur la table, s’il vous plaît.

-            Oui, Prince Torvin, n’oubliez pas que vous rencontrez le commandant Aransta de la 97ème Section dans trois heures.

-            Je sais bien, merci. Depuis que mon père est parti, c’est à moi de m’occuper de cela, dit-il d’un ton las.

-            Et vous vous en sortez remarquablement bien, Mon Prince, répondit-elle, comprenant qu’il aurait préféré que la situation soit différente.

 

Sur ces mots, elle s’inclina, petite révérence avant de quitter la pièce. Torvin s’installa et déjeuna, se forçant à manger, même s’il n’avait pas très faim, il savait qu’une rude matinée l’attendait. Il ne put s’empêcher, alors qu’il portait une tartine à sa bouche, d’avoir une pensée pour ceux qui ne pouvaient manger à leur faim  dans son royaume et, il en ressentit un pincement au cœur.

 

*

 

-            Mon Seigneur, quelle joie de vous revoir !

-            Moi aussi, mais je n’ai que peu de mérite d’être en vie, par rapport à vous qui combattez et repoussez nos assaillants sur le front et ce, quotidiennement.

-            Mais vous êtes après votre père, qu’il vive en toute quiétude, la personne la plus importante de notre peuple.

-            Vos paroles me réchauffent le cœur, mais elles ne m’empêchent pas d’être honteux. La famille royale devrait elle aussi prendre part aux combats. D’autres civilisations l’ont bien fait et ont survécues.

-            Un temps seulement Mon Prince. Maître Torvin, je sais que votre temps est précieux, de ce fait, je vous propose de passer directement au but premier de ma visite, en oubliant un temps le protocole. Comme vous le savez je suis plus un homme d’action, alors les formalités protocolaires…

-            Je vous remercie de votre franchise, commandant Aransta, je crois que cela ne me fera pas de mal non plus. Je suis tout de même plus jeune que vous.

-            Cela ne m’empêche pas non plus de vous manquer de respect.

-            Quel est le but de votre visite commandant ?

-            Notre garnison, ainsi que d’autres n’ont pas reçus les Zionneurs qui devaient arriver il y a cinq jours. Du fait de l’importance de la livraison et de ses armes, je me suis permit de provoquer cette entrevue. Savez-vous pourquoi ce retard existe ?

-            Non, d’ailleurs vous me l’apprenez. Cependant, si cela peut vous rassurer et répondre à votre silencieuse question, d’après les tous derniers renseignements que j’ai reçu, les troupes ennemis ne se sont pas emparées ni du chargement ni de l’usine d’armement. Si j’ai connaissance d’autre chose, je vous le ferai savoir immédiatement.

-            Je vous en remercie Prince Torvin. Que Dorvan veille sur vous.

-            Je préférais qu’il vous protège vous et les autres troupes, ainsi que notre territoire, avant de veiller sur moi, qui suis ‘enfermé’ ici.

-            Merci Monseigneur.

 

Le commandant s’en alla laissant Torvin à ses réflexions. Comment peut-on être militaire, en ayant étudié les sciences et, croire en même temps en ces balivernes. Si Dorvan existait réellement, ce dieu mettrait un terme à ce conflit. J’aimerai pourtant le croire, mais rien ne va pour m’inciter à soupçonner son existence.

 

Il sortit de ses quartiers et se rendit au plus bas sous-sol, passant par de nombreux corridors et de portes dérobées suivies par d’autres couloirs. Au bout d’un moment il déboucha dans un lieu, un autre couloir formé par de vieilles pierres brunies par l’humidité. C’était la pire prison du royaume. L’air se faisait lourd, malodorant et l’humidité y régnait en maître. Ici était gardé les traîtres et les prisonniers haut-gradés de l’armée adverse, ceux qui agissaient de leur propre gré. Torvin savait pertinemment qu’un simple soldat n’était pour rien dans les combats, il agissait sur les ordres de ses supérieurs.

 

D’un pas qu’il essaya de rendre le plus sûr possible, il se dirigea devant la geôle µ23, là était détenu le capitaine Soardbo de l’armée Lyphaecöen. Le capitaine, un homme de haute stature, aux larges épaules tatouées et scarifiées volontairement de symboles tribales, était séparé du frêle Prince Torvin par un écran électrique immatériel.

-            Capitaine, je vais avoir besoin de vos services !

-            Et vous croyez vraiment que je vais répondre à vos ordres, juste parce que vous me le demandez ? Vous rêvez les yeux ouverts.

-            Je ne crois pas non, votre chef devrait être fier de vous, lorsque vous lui porterez la nouvelle de notre rédition.

-            Quoi ? Mais Prince vous n’y pensez pas, nous pouvons encore écrasez cette vermine avec de la chance et… se permit le garde des cellules.

-            Monsieur, je sais ce que je fais.

Le capitaine Soardbo regardait son ennemi sans voix, les yeux grands ouverts, se demandant s’il n’avait pas rêvait.

-            Mais, nous avons les moyens de bien faire comprendre que le message n’est en rien un canular. Vous allez donc coopérer volontairement… dit-il un sourire étirant ses lèvres fines.

Une porte s’ouvrit et un homme portant une sorte de casque s’avança jusqu’à la geôle.

 

*

 

Un vent brûlant soufflait avec force sur la plaine verdoyante de Bersinough, enclavée dans les contreforts rocheux de la montagne de Cièlbr. L’herbe morte formait des vagues mouvantes sous les rafales de vent.

Là, des milliers, voire des millions d’hommes armés faisaient face à un autre groupe composé d’un peu moins d’un millier de fantassins. Les tenues mi-métalliques mi-énergétiques reflétaient les rayons des deux soleils, ce qui pourrait être gênant pour les combattants si leurs armures ne se servaient pas de la lumière pour à la fois garantir à son occupant une température de vingt degrés et générer un champ de force.

Dès que l’une des deux armées avancée, l’autre faisait de même, réduisant ainsi, petit à petit, le no man’s land qui les séparait. Tous espéraient, quelque soit le camp auquel ils appartenaient, que leurs ennemis  craqueraient et fuiraient. Eux n’étaient rien, que des pions pour la guerre. La plupart d’entre eux étaient des villageois ou des citadins enrôlaient de force par l’armée nationale pour faire la guerre, telle était la loi. Les moins de 70 ans, s’ils n’avaient pas les moyens de rétribuer l’Etat, devaient combattre pour la patrie. Beaucoup n’avait jamais tenu une arme entre leurs mains, et n’avaient donc jamais appris à se battre. Devaient être prêt à défendre où plutôt prêt à défendre leur frontière pour qu’elle ne recule pas, si elle avançait c’était tant mieux.

Soudain alors que tout semblait calme, la terre se mit à trembler. Les Warzhins se turent, et tous eurent un frémissement de peur. Ce n’était pas un séisme, mais les Taquillonss, des pilons qui cognaient le sol, chaque vibration était un code que seul le camp concerné pouvait interpréter de la bonne manière. Le signal venait donc de retentir, c’était celui de la bataille, mais que l’on souhaiter voir ne pas exister. Chaque Querashtian et chaque lisophan saisirent leur zayak, armes à projectiles  d’Energiste, cellule ionique négative paralysante, et les armèrent. Aucun d’entre eux n’aurait voulu avoir à tiré deux fois de suite sur une même personne, car un coup n’était pas mortel, mais deux, ça l’était.

Les Lisophans commencèrent à entonner un hymne à la gloire du Prince Torvin. Le chant était beau, calme mais d’une incroyable force, il aurait pu être comparé sur Terre au Haka des Néo-zélandais.

Les Warzhins, les hommes soldats firent quelques pas en avant, hésitants, puis avec un élan de courage, ou peut-être était-ce de la folie, levèrent haut leurs armes et ils coururent vite pour se lancer à cœur perdu dans la bataille. Ils ne voulaient pas mourir car ils avaient des femmes, des enfants qui les attendaient. Mais si la mort était inévitable, alors, ils la voulaient rapide et sans souffrance, si c’était possible. Puisqu’ils savaient tous très bien que la guerre n’était pas une amie et ne préserver en aucun cas les personnes et les familles.

Tous les fantassins courraient les uns contre les autres, se serrant pour ne pas créer de failles dans les formations, les Warzhins archers se préparer à tirer à l’arbalète loin devant leurs collègues afin de ne pas les blesser. Les éclairs verts s’envolèrent haut dans le ciel avant de fondre sur leurs adversaires, cependant certains traits en rencontrèrent d’autres, ceux qui venaient d’en face et ils explosèrent sans bruit et sans créer de dommage collatéral.

 

Des dizaines de guerriers tombèrent lourdement sur le sol, morts. A peine ceux-là étaient-ils allongés que déjà d’autres les remplaçaient. Le sang des victimes se collant sous les chaussures des survivants et rendait le sol glissant. Les armes luisaient à la lumière des astres solaires, qui parvenait à traverser les couches de poussières qui s’élevaient des combats. Les Zeyak servaient peu en combat rapproché, seuls les poings et les cimeterres étaient utiles, parfois l’armes des traitres, les poignards pouvaient être utilisés. Les deux armées, les premières appréhensions passées, l’esprit reptilien revenait en eux et ils sentaient l’irrépressible envie de tuer dans chaque cellule de leur cerveau.

 

Les rapières crissaient et créaient des étincelles des qu’elles entraient en contact les unes contre les autres, parfois le sang des uns les souillaient.

Un éclair vrilla soudain le ciel à des kilomètres de là, une trentaine de secondes plus tard un vent froid, presque glacial souffla sur la plaine des combats, les hommes eurent des frissons, et ils arrêtèrent tous leurs gestes, inquiets, pour tous il s’agissait d’un mauvais présage. Le temps semblait s’être figé, puis il reprit son cours normal. Les combats reprirent, certains plus lents que d’autres sentirent leurs armures casser, leur peau s’entailler, leurs os se briser, le tout dans d’horribles cris de douleur, puis ils s’écroulèrent au sol, sous la puissance des chocs et, leurs assassins passèrent au-dessus d’eux, comme si de rien n’était et s’attaquèrent à d’autres.

Le vent d’altitude redoubla d’intensité, poussant de l’ouest d’énormes nuages sombres et menaçants. La grisaille s’illuminait plus que toutes les secondes. Le ciel gronda, ses martellements se mêlaient, incapables d’attendre que leurs prédécesseurs aient finis leurs mouvances.

Les flashs étaient de moins en moins espacés et les coups de tonnerre de plus en plus forts, la foudre s’approchait du champ de bataille. Les guerriers avaient peur, et on peut comprendre pourquoi. Eux qui portaient des combinaisons renforcées par du métal, et des armes du même acabit. En effet la foudre reste la foudre, même sur cette planète, un éclair est toujours attiré par le métal et les points élevés. Mais ici, les montagnes se trouvent à plus de huit kilomètres, dans la plaine lisse, les seuls éléments qui dépassent, sont les Warzhins. Les guerriers tombaient les uns après les autres, mais étrangement, il y avait moins de morts du côté des Lisophans que chez les Querashtians. En effet, ceux là avaient mis au point un matériau d’une capacité étonnante, un exosquelette en plastique renforcé. Une technologie venant d’ailleurs. En fait, Nan’Quérib Doziko avait envoyé la formule via le Lhocosphere, moyen utilisé pour transférer les esprits de Tega-1 sur Terre. Ils avaient ainsi pu développer ce matériau à l’insu des Querashtians, malgré leurs incessantes tentatives d’espionnages.

 

Certains des Querashtians se relevèrent avec difficultés, un choc électrique provoque des contractions musculaires paralysantes. Ils voulaient montrer par là qu’ils étaient résistants.

Cependant, même si dans un premier temps l’orage avait semblé s’éloigner, il avait remarqué son manque de concentration et, il fit marche arrière pour se retrouver à la verticale des combattants. Le vent redoubla une nouvelle fois d’intensité s’accompagnant de pluie forte, de grésil et par intermittence de grêlons. Pendant dix minutes environs aucun éclair ne vint strier ce ciel surchargé de noir, ce qui avait eu tendance à rassurer les combattants, dans un premier temps et, leur avait redonné quelques forces. Malheureusement, l’orage aussi l’avait noté et lorsqu’il s’en redit compte, il actionna tout ce qu’il fallait pour y remédier.

Des dizaines de rayons blancs frappèrent le sol dans un fracas assourdissant. Des guerriers tombèrent au sol sous l’effet de l’électricité se diffusant dans le sol et remontant dans les armures de métal, condamnant définitivement leurs porteurs. De nouveaux éclairs claquèrent dans l’air, frappant d’autres combattants, des archers majoritairement. Leurs corps furent entièrement consumés avant que le restant de leur tête touche la terre détrempée.

L’horreur s’étendait aussi loin que le regard pouvait se porter. Les membres mutilés gisaient sur le sol souillait d’hémoglobine des victimes de guerre. L’orage s’en alla cette fois pour de bon.

 

Quand vint la Nuit, lorsque les deux ‘soleils’ n’éclairaient plus cette face de la planète, plus cette plaine de combat, l’Empire Lisophan avait gagné cent mètres de terrain par rapport aux anciennes frontières. Mais le tribut à payer était lourd, sur les 6498 guerriers qui avait pris part à la bataille, seuls 1826 avaient survécu, cependant certains étaient atrocement mutilés, estropiés pour une bonne centaine. Pour les Querashtians, les pertes avaient été deux fois et demie plus importantes.

 

Les chants de victoires étaient entonnés par les Lisophans, même si le cœur n’y était pas, ils s’élevaient dans les airs froids mais lourds, surchargés par les odeurs de putréfactions. Les vainqueurs devraient annoncer la perte d’êtres chers aux femmes, aux enfants, aux parents aux frères des combattants décédés, et ce n’était jamais une partie de plaisir, mais ils pouvaient dire qu’ils avaient gagnés et que les morts ne l’avaient pas été pour rien.

Chaque camp quitta le champ de bataille, le cœur gros, certains pour avoir perdu, d’autres des amis, de la famille…

 

*

 

Le Prince Kaszénomélos, dès que la bataille fut terminée, que ces guerriers étaient rentrés au royaume, entra dans une colère noire, lorsque la nouvelle de la défaite fut annoncée.

Il appela deux de ses plus fidèles serviteurs. Il les fit s’installer dans de beaux  sièges luxueux, ils n’étaient pas habitués à tant de chaleur de la part de leur maîtres. De ce fait, ils se tinrent sur leurs gardes. Mais ils eurent beau plaider leurs causes, rien n’y fit. Le Prince Kaszénomélos continuant de parler, passa derrière eux, et d’un geste aussi brusque que violent il abattit son bras par deux fois, et par deux fois une tête tomba et roula sur le sol. Aussitôt trois jeunes soubrettes aux visages voilées firent leur apparition.

 

*

 

Le jeune Prince Torvin assista à la célébration de la victoire, et fit à cette occasion un petit discours à ces hommes. « Mes amis, chers compatriotes, je vous félicite pour cette victoire, elle est la vôtre. Vous avez combattu avec bravoure, ferveur… Vous vous êtes acharnés à défendre avec honneur et passion ce pays qui est le vôtre. JE lève aussi mon verre à ceux qui se sont battus, qui ont défendus nos frontières avec tout autant de courage que vous et…. » un fêlure dans la voix l’arrêta, mais reprenant le contrôle de sa voix, il reprit « Et qui par manque de chance, par acharnement de nos ennemis sans doute, sur eux, sont passés de l’autre côté, dans les limbes des combattants, là où ils pourront reposer en paix, prendre se repos mérité qui nous manque à tous… Je vous demande à tous pardon, pardon pour les hommes tombés dans ces combats, ils étaient chers à vos cœurs, tout sans doute, mais ne les oublions pas, faîtes la fête pour cette victoire, et pour eux, que ces sacrifices n’aient pas été vains. Qu’ils vivent en vous pour toujours… »

 

Tous le regardait, lui ce jeune homme d’une vingtaine d’années terriennes, beaucoup des larmes dans les yeux ou déjà sur les joues, il avait parlé juste, parlé vrai. Ces paroles venaient de son cœur, elles n’étaient pas préméditées. Tous levèrent haut leur verre, pensant à leurs amis ou les membres de leur famille tombés aux combats, honorant celui qui les gouvernait.

Torvin s’excusa et reprit la parole « Comme vous le savez sans doute le prochain faisceau va passer et je vais devoir partir, vous abandonnant. Je ne le souhaite pas ardemment, j’ai envie d’être, de rester à vos côtés, pas aux combats, puisqu’on me l’interdit, mais rester sur cette planète. Savoir comment vous allez, savoir que nous gagnons… savoir que la mort ne l’emportera pas. Cette planète, Terre, je ne la connais pas, j’y retrouverai certes mon père et son lieutenant. Ce sera une joie, bien sûr, mais j’ignore tout de ce lieu. Je déteste déjà l’idée ne plus rien savoir d’ici….

Ses yeux brillèrent, et des gouttes salées s’en échappèrent. Il serra les lèvres. Ses épaules tremblèrent. Il se retourna et s’en retourna dans son palais. Tous sûrent qu’il ne voulait pas montrer son émoi, et cela, le grandit une nouvelle fois dans le cœur de son peuple.

 

Torvin monta les marches quatre à quatre. Une fois en haut de ce fastueux escalier en pierres noires et blanches, il claqua lourdement la porte de la pièce qui lui servait de bureau.

Il prit les cartes du royaume, déplaça les frontières, les mettant à jour. Il voulait avancer, ne pas laisser le royaume à l’abandon, on lui avait confié une tâche, il voulait s’y tenir, être digne de son père, ne pas le décevoir, lorsqu’il le reverrait. Le revoir, il en rêvait depuis longtemps et le moment approchait, vite trop vite, se surprit-il à penser, moins de 8 heures. Pourquoi maintenant ? La guerre reprenait de la vigueur, les morts augmentaient de manières exponentielles, les frontières redevenaient mobiles, et cela après deux années d’une accalmie superficielle.

Ses pensées l’encombraient, il ne devait pas y penser, pas maintenant, il n’avait d’autres choix que de partir, les dés étaient jeté, rien n’y pouvait plus changer. Il était cet objet au creux des mains du destin. Il devait pour l’instant se concentrer sur les placements, les déplacements de son armée, prévoir… prévoir les délires climatiques, les mouvements des troupes adverses.

A l’aide d’un compas, d’une règle, il sélectionna les lieux où les conditions climatiques seraient favorables à ses guerriers. Mais ce n’était pas une mainte affaire, car les ennemis avaient sans doute et c’était inévitable leurs propres plans de batailles. Le but étant de les amener là où eux le désiraient. Il créa de multiples scénarii sur papier, essaya de les mettre en simulation sur les cartes.

Il sélectionna également les armes, que ses hommes devraient prendre pour progresser et faire reculer les adversaires. Pour cela il avait reçu les descriptions que ses Warzhins avaient récoltées sur le terrain.

 

*

 

Il prit sa tête entre ses mains et se mit à hurler d’une rage qui venait du plus profond de son cœur de son corps, de son âme.

Alors qu’il reprenait son souffle, il s’arrêta de bouger, de respirer, il s’arrêta brutalement, releva la tête, l’œil livide. Un éclair jaillit dans ses yeux, il savait quoi faire.

Le peuple vouait un véritable culte au Prince Torvin, sans lui il ne serait rien. Sans lui, il cesserait de se battre et, il pourrait les dominer tous. C’était ça… c’était ça qu’il devait faire.

Il ne devait pas simplement attendre que Torvin abdique sous la pression des combats et des morts… non il devait tout simplement l’éliminer lui.

Son heur de gloire viendrait alors. Il en était sûr, c’est cela qu’il devait faire, mettre en œuvre.

 

Il convoqua alors ses deux nouveaux plus fidèles combattants, et leur expliqua son plan.

Moins d’une heure plus tard, trois hommes encapuchonnés et lourdement armés, si l’on en croyait leurs silhouettes, quittèrent ce château, se glissant dans la nuit.

 

*

 

Déjà quatre heures que Torvin travaillait d’arrache pied sur diverses stratégies à adopter, lorsque quelqu’un frappa à sa porte. Il se demandait qui cela pouvait bien être, tous continuaient à célébrer la victoire. Il saisit sa dague cachée à sa ceinture et ouvrit la porte. IL s’agissait tout simplement de Kestiana, qui lui portait son dîner.

-            Mon Prince, ne devriez-vous pas profiter de cette célébration, au lieu de rester ici en solitaire ? Vous me faîtes de plus en plus penser à Votre père.

-            C’est un compliment j’espère… non, oubliez ça ma bonne Kestiana. Ne vous en faîtes pas pour moi, j’essaye de trouver la stratégie adéquate pour mettre fin à cette guerre.

-            Cela est tout a votre honneur, mais…

-            Non, ne vous inquiétez pas pour moi. Et retournez à la célébration. Je ne vais pas tarder à aller me mettre au lit.

-            Bonne nuit alors.

 

Kestiana, quitta la pièce, Torvin, regarda quelques instants son soupé mais décida de ne pas y toucher. Il retourna plutôt à ses cartes. Prit un papier et inscrivit l’ordre de libérer le prisonnier de la cellule µ23. C’était le mieux à faire, le capitaine Aransta le libérera, et il aura déjà mis en place l’armée pour les piéger. Ainsi prisonnier, le Prince Kaszénomélos n’aura d’autre choix que déclarer sa reddition…

Le Prince Torvin se surprit à bailler bruyamment. La fatigue l’avait gagné plus qu’il ne le pensait. ‘Je dois dormir, j’ai besoin de force pour le faisceau’.

Il se coucha prestement et s’endormit tout aussi vite.

 

La nuit était très avancée, et le peuple Lisophan sombrait dans une douce torpeur, enivrés par l’alcool et par la douleur de la perte des êtres chers, ils s’étaient endormis. Certains gardes qui avaient moins pris part à la fête étaient toujours éveillés, mais ils étaient peu nombreux.

Deux vigiles de l’entrée Nord étaient en grande discussion sur le mur fortifié. Ils prêtèrent moins d’attentions aux alentours qu’ils devaient surveiller. Ils ne remarquèrent donc pas trois ombres mouvantes se rapprochant dangereusement de la muraille.

-            … mais je dis simplement que nous aurions pu nous arranger tous les deux pour alterner la garde, et ainsi on aurait pu chacun notre tour participer à la cérémonie.

-            Oui bien sûr, ça fait trois fois que tu m’assènes le même argument.

-            Ttt, attends. Tu as entendu ?

-            Quoi ? non.

 

L’un d’eux s’écroula au sol, la poitrine perforée. Son collègue paniqué se baissa pour constater sa mort. Une fois fait, il se releva pour prévenir le royaume, mais avant que le moindre son ne franchisse ses lèvres, il ressentit une douleur le traverser de part en part, avant de s’effondrer, lui aussi.

 

Les trois ombres pénétrèrent dans l’enceinte du château sans grande difficulté, la plus part des habitants dormaient à même le sol, emporté par la fatigue. Pour les autres ils étaient réveillés mais dans un état plutôt comateux.

 

Les hommes se faufilèrent entre les groupes de gens avec autant de facilité que d’agilité, il ne fallait pas les réveiller. 

Ils empruntèrent ensuite les tunnels qui passaient sous le château, servant à laisser s’écouler la rivière dans son lit naturel. De là, ils trouvèrent une entrée ‘secrète’ du palais.

 

*

 

Un grand fracas le réveilla en sursaut.

Les yeux embués par le sommeil, il ne voyait qu’un immense brouillard, le temps d’émerger complètement et d’allumer les lumières, que parvinrent à ses oreilles des bruits de pas affolés grimpants à grande vitesse l’escalier.

Il se jeta prestement au sol et enfila quelques vêtements, juste avant que la porte ne s’ouvre à la volée. Son cœur tambourinait dans sa poitrine, la peur…

C’était le capitaine Aransta.

-            Prince Torvin, commença t-il haletant.

-            Que ce passe t-il ?

-            Fuyait, fuyait vite, je ne pourrai pas vous protéger, lâcha t-il essoufflé.

C’est alors que le jeune Prince remarqua le sang qui coulait de l’épaule droite du capitaine.

-            Vous êtes blessé…

-            Ne vous en faite pas pour moi, fuyait.

Fuir, il n’avait que ces mots là à la bouche, pourquoi si peu de vocabulaire, alors qu’il était réputé pour ses grands discours, sa grande verve…

-            Je… je vous avais laissé des consignes…

-            Ne vous en inquiétait pas, Prince, seule votre survie compte. Il est bientôt l’heure.

 

Le Prince, se précipita hors de sa chambre, arrivé sur le pas de la porte, il se retourna, jetant un dernier coup d’œil sur ce qu’il ne reverrait pas de si tôt. Il s’attarda sur le capitaine, il serra els poings et souffla presque inaudiblement ‘courage’.

Il savait à qui il pouvait faire confiance, et cet homme faisait partie de ces personnes qui lui vouaient une allégeance indéfectible.

 

 Torvin courrait à en perdre haleine, il percevait et essayait d’en faire abstraction, les bruits de pas qui résonnaient des personnes qui étaient à sa recherche. Qui cela pouvait-il bien être ?

Soudain, un cri de douleur et de terreur parvint à ses oreilles. Il reconnut, il ne sut pas vraiment comment, la voix du capitaine Aransta. Il voulut faire demi tour, mais une voix au fond de lui l’en empêcha. Il se rappela cependant qu’un passage secret lui permettrait de voir qui l’attaquait dans son propre royaume. Il se faufila derrière un mur mobile, et regagna une pièce se dissimulant derrière son bureau.

 

 
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