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Une histoire au jour le jour (2)

Je montai dans sa voiture, d’un magnifique rouge brillant. Ça devait le changer du bleu gendarmerie. Je lui indiquai juste de prendre la direction de Trois-Vèvres, mais en le disant, je trouvai ça ridicule, il le savait déjà. Une pluie orageuse se mit à tomber, comment avait-il su ?

-            Dorian, je peux t’appeler ainsi ?
Je fis signe que oui, alors, il reprit.
-            Dorian, tu n’avais pas l’air très à l’aise au téléphone tout à l’heure, je te fais peur où as-tu des soucis ?
-            Non non, m’empressais-je de répondre, ce n’est pas vous, au contraire. Mais disons que c’était la deuxième, et que j’y suis habitué.
-            Pourquoi ne fais-tu rien pour qu’ils arrêtent ça ?
-            Je… eh bien, ça vous paraîtra sans doute ridicule, mais je ne voudrai pas qu’ils s’en prennent à quelqu’un d’autre. Je veux dire quelqu’un qui ne le supporterait pas et qu’il fasse une connerie. Moi je m’en moque. Je ne suis certes pas tout puissant, mais je sais qui je suis et ce qu’ils font m’énerve, je l’avoue, mais je ne montre rien, ça leur ferait trop plaisir.
-            Quand tu parles de connerie, tu parles de quoi ?
-            Vous avez dû le comprendre. Mais je pense soit à un meurtre par vengeance ou à un suicide. Je ne supporterai pas si cela arrivait, car je me dirai que c’est de ma faute parce que je leur aurais répondu. Pour la deuxième fois en peu de temps, vous allez me prendre pour un dingue, mais je l’ai rêvé. J’ai ‘vu’ ce qui allait se passer si je répondais. Je n’ai pas envie que ça arrive.
-            Toujours l’irrationnel. Mais c’est un bon état d’esprit, mais quelque chose va te ronger de l’intérieur si tu continues ainsi. Ce ne sera peut-être pas de la culpabilité, mais quelque chose de pire, me dit-il en posant sa main sur mon épaule. Tu… Dorian, ça ne va pas ? Tu es tout pâle !
-            On peut s’arrêter s’il vous plaît ?
-            Oui, répondit-il inquiet.
-            C’est ici que ça s’est produit. C’est là que les pompiers m’ont retrouvé.
-            Mais qu’est-ce qui t’arrives, tu es devenu livide tout d’un coup.
-            Je ne sais pas, j’ai ressenti une vive douleur à la tête et, j’hésitai à le dire. Et, j’ai entendu comme un hurlement, exactement comme ce que j’ai entendu lorsque ça s’est produit.
-            Tu ne m’as jamais parlé d’un hurlement.
-            Je n’étais pas sûr que ce soit réel et ça ne me semblait ridicule.
 
Un nouveau hurlement se fit entendre, il provenait de la forêt mon regard qui jusqu’à présent examinait la route, se porta sur les bois sombres. « Aïe », quelque chose venait de me griffer la main droite. Décidément on en voulait à ce membre. Du sang s’écoulait de deux griffures assez profondes, à en juger par la quantité de liquide carmin qui s’en écoulait.
Sovan me regarda, inquiet, du moins je le perçu ainsi. Il s’approcha de moi et me prit le bras. Il passa son doigt d’où le sang s’écoulait. Au même instant, je sentis une sorte de fourmillement au même endroit. Son pouce dégagea le sang et me fit découvrir qu’il n’y avait plus aucune blessure. Il me regarda intrigué, je fis de même, j’étais sans voix. Je déglutis, comment était-ce possible ?
-            Auriez-vous un pouvoir de guérisseur ? Demandai-je bêtement.
-            Tu me demandes ça par rapport à mes origines ?
-            Non…me rétractai-je. Non pas du tout. C’est juste que…, j’espère ne pas vous avoir vexé.
-            Il m’en faut plus ! J’allais te poser la même question. Mais tu sais que tu peux me dire ‘tu’. Je n’ai que dix ans de plus que toi et moi je tutoie déjà.
Je hochai la tête, mais je ne sais pas s’il l’a vu car au même instant, il redirigea son regard vers la forêt. Je m’accrochai de la rambarde de sécurité. J’eu beau l’examiner, je ne remarquai aucune trace d’accident. Pareil dans le bois, nous ne voyions aucune carcasse de voiture. Je commençais à sérieusement douter de ce que j’avais pu ou cru vivre.
-            Sovan ? Est-ce que tu crois à mon histoire… ?
-            Bien que ma réponse ne soit pas importante, je te crois. Je ne vois aucune raison à ce que tu mentes. Mais, pourquoi me demandes-tu ça ?
-            Parce que moi, je doute.
-            Il ne faut pas, il se passe des choses étranges ici. La preuve en est ta blessure de tout à l’heure. Ce qui nous conduit tout droit à notre discussion que l’on a tenu devant l’hôpital…
-            Le surnaturel ?
-            Oui.
-            Tu peux me ramener chez moi, s’il te plaît. Nous en parlerons, là-bas si tu veux bien.
-            Pas de souci.
Nous remontâmes dans sa voiture et nous repartîmes. Il me jetait pas intermittence, des regards inquiets, je le voyais, mais j’étais incapable de réagir. Pourtant, j’aurai aimé le remercier de sa sollicitude. Au bout de quatre kilomètres, je lui indiquai qu’il fallait prendre à gauche après l’église. Deux minutes plus tard, nous étions devant chez mes parents. Mon chien, un colley couleur sable, nous accueillit, sa joie de vivre me redonna un nouveau coup de peps.

 

Chapitre 2 : Le Pacte
 
 
Le surnaturel, c’est ce que la science ne peut pas expliquer ou prouver, du moins pas avec les technologies actuelles. Ce fut la première chose que je dis. Sovan, quant à lui, ajouta que le surnaturel était plus que cela, le monde, la Terre est emplie de magie. Je voulu à cet instant tenter une blague, mais il me contra. Je lui avais rétorqué : « la magie, style Harry Potter… » Mais Sovan me coinça. Il me dit que ce n’était qu’un conte et que cette magie était bien pauvre, comparée à celle que recélait notre planète.
Je devais être en plein délire, tout ce qu’il me disait, était franchement dingue, mais j’étais fasciné par les connaissances qu’il semblait posséder. Comment était-ce possible ? Après tout il était gendarme, et pas scientifique, et quand bien même s’il l’avait été, il ne parlerait pas ainsi, il ne tiendrait pas ce genre de propos. Il devait s’être rendu compte de ma suspicion car il me dit de ne pas le prendre pour un dingue, car même s’il était flic, ce n’était pas toute sa vie et qu’à côté, il lisait beaucoup de bouquins traitants de ces sujets. Je lui ai sourit histoire de calmer ses doutes et les miens par la même occasion. Il sirota un peu de son Coca, histoire de se rafraîchir, avant de reprendre. « Il y a des choses que j’ai lu, d’autres dont j’ai été témoin. Tu peux ne pas me croire, c’est ton droit, mais un jour tu en seras toi-même spectateur. Et, ce jour là, tu comprendras que les scientifiques sont loin d’être au sommet de la chaîne des connaissances. Cependant je ne peux pas te dire ce que j’ai très exactement vu, c’est sans doute cela, cette imprécision, qui te feras douter, qui te fera croire que je mens. Mais, si j’agis ainsi, c’est là que je veux que la surprise que tu ressentiras, lorsque tu verras par toi-même ce dont je te parle, soit intacte. »
 
De quoi parlait-il ? Je n’en savais toujours rien, mais ce qu’il me racontait été fascinant, je voyais dans ces yeux cette étincelle, vibrante et brillante à la fois, quelque chose que l’on ne peut pas simuler, qui me disait que ce que lui avait observait été bien réel. Il m’aurait demandé de signer en bas d’une feuille pour adhérer corps et âme à vivre ce qu’il avait vécu, je crois bien que je l’aurai fait. Cet homme avait cette aura qui avait le pouvoir d’attirer à lui. Je me sentais tel un poisson prit dans des filets immensément grands, mais je ne me débattais pas, non, j’étais pleinement conscient que je m’engageais sur une voie qui n’avait aucun chemin de retour. Cette pensée me fit frissonner, mais, ne me rebuta pas.
 
20H30, le portable de Sovan nous fit prendre conscience de l’heure lorsqu’il sonna. Il regarda l’écran de son mobile. Il s’éloigna pour répondre, c’était son frère. Je ne comprenais pas ce qu’ils disaient et je ne cherchais pas à le faire non plus, c’était impoli. J’essayais de me concentrer sur un magazine télé qui traînait sur la table, mais lorsqu’il parla plus fort, il me semblait qu’il répétait les propos de son frère. Je ne pus empêcher mes oreilles d’entendre, « … en est pas conscient… » « …la contamination à eu lieu ». Que des éléments qui n’avaient aucun lien entre eux, selon moi. Je ne sais pas ce que Michel a pu lui dire à la fin de leur discussion, mais lorsqu’il raccrocha et revint vers moi, Sovan était pâle, les yeux rougis et les traits tirés. Qu’avait-il entendu à l’autre bout de la ligne pour qu’il soit dans cet état ? De quoi avait-il bien pu parler avec son frère ? Et cette ‘contamination’ qu’était-ce ? Un nouveau virus ? Réel ou virtuel ?
-            Je dois y aller ? Me dit-il d’un ton las.

-            Pourquoi ? Que se passe t-il ? Une mauvaise nouvelle ?

-            Je ne peux rien te dire, à part que tout se passera bien !
-            Mais… ai-je fais…et ma réponse… ?
Trop tard. Il était déjà sur le perron et il poursuivit son chemin pour monter dans sa voiture. Une fois à l’intérieur, il me fit un salut timide d’un geste de la main, comme s’il se savait observer. Le temps de réagir, les feux arrière disparaissaient déjà dans le sous-bois un peu plus loin. Je refermai la porte avec un étrange sentiment, une irrésistible tristesse m’envahissait.
J’avais des devoirs à faire pour le lendemain mais aucune envie de les faire. Je sortis tout de même mes bouquins de cours et m’installai dans la cuisine. Tandis que je bossais mon éco-droit, l’eau de la casserole chauffait, je devais également préparer le dîner.
 
A 22H15, mes parents arrivèrent du travail et se mirent à table, je n’avais pas faim et en plus mes maths étaient loin d’être terminées, je n’y comprenais rien, comme d’habitude. Je crois que je mis n’importe quoi comme réponses, histoire de ne pas présenter une feuille blanche. Puis je me suis couché.
 
11h00, les deux heures de maths furent un supplice, j’étais crevé, je n’avais pas réussi à fermer l’œil de la nuit, enfin si peut-être une heure, voire deux, mais pas au-delà. Dès que mes yeux se fermaient, des scènes d’horreur se collaient à mes paupières. Tantôt je revoyais mon accident et la mort de mon voisin. Je voyais son corps éventré avec ses boyaux à l’air, la gorge tranchée et sa tête baignant dans son sang à quelques pas du reste de son corps. Si une douce odeur fantôme dont je ne pouvais déterminer l’origine, ne venait pas calmer mon être j’aurai pu vomir. D’autre fois, mon esprit essayait d’imaginer ce que Sovan avait pu voir de si extraordinaire qui explique son silence, le tout sans que je n’y puisse rien. Qu’avait-il bien pu observer comme phénomène ? L’épisode de la sortie de bus se mêla à mes hypothèses. Un arc-en-ciel, jusque là rien d’extravagant, mais s’il avait découvert, je ne sais pas moi, un lutin par exemple. Idiot. Des lévitations non truquées, des télékinésies avérées, des OVNIS, des revenants… et tant d’autres que je ne me rappelle plus.
 
La prof d’histoire-géo nous ouvrit la porte et ‘cette’odeur revint me hanter les narines. Mais qu’était-ce ? Je n’en savais toujours rien, mais ça sentait si bon que j’en avais l’eau à la bouche. Cela ne pouvait être du parfum, aucun parfum n’avait cette odeur. C’était un peu comme un effluve de métal. J’ai zappé les deux heures de cours, je n’ai pas suivi un seul mot de ce que notre prof avait pu raconter. J’étais absorbé par mes pensée et recherches quant à savoir ce qu’était cette odeur, cela était flou. Je me souviens pourtant l’avoir sentit très souvent, mais les portes de ma mémoire étaient closes, à moi le propriétaire légitime de ces souvenirs.
 
Vingt-sept jours s’étaient écoulés depuis mon accident et rien de notable s’était passé. Je ne pu revoir Sovan ou même son frère durant les trois ou quatre jours qui suivirent la signature de mes aveux, je veux dire ma déposition. Je me suis inquiété, mais je pris conscience que rien ne nous liait, que nous n’étions même pas amis, juste une connaissance, un gendarme.
 
Prysc et moi avions décidé de se lancer dans une nouvelle aventure qui s’appellera HdP. Un roman qui suivait une nouvelle que je m’étais déjà amusé à écrire, mais une histoire qui se déroulerait dans un futur plus qu’éloigné. Une histoire où les humains se sont entretués suite à un bug informatique. Une Histoire du Passé où les châteaux féodaux sont revenus, un monde que l’on n’appellera plus Terre mais Yggdrasil. Un monde où trois Rois gouvernent douze rois répartis sur quatre îles gigantesques. Un monde ou un Mal ancien viendra défier des Dieux. Un monde où trois Princes se voient confier une mission par les Dieux, celle de rétablir sur cette monarchie à deux vitesses, une République mondiale.
L’écriture était mon exutoire et il n’allait pas tarder à devenir celui de mon amie. Je n’en suis pas sûr, mais ça à dû être le fait que je lui propose d’écrire avec moi qui l’a motivé pour se lancer dans une autre expérience, le journalisme. Et avec sa naturelle générosité elle m’entraîna dedans, et je n’ai su ou pu dire non. En fait, s’était sa prof de communication qui lui avait parlé de ce concours inter-lycées, deux élèves par établissement scolaire. Elle ne voulait pas de quelqu’un qui lui soit imposé, alors sans m’en parler, elle inscrivit mon nom sur le bulletin d’inscription. J’étais pris dans ce piège, une spirale sans fin où la destination m’était inconnue. Je devais me lancer dans ce travail de reporter, heureusement j’étais accompagné de ma ‘tite’ Prysc, mais sur quoi enquêter pour que cela vaille la peine d’être fait ? Nous nous lançâmes dans des recherches sur Internet pour trouver d’intéressants sujets, enfin un plus particulièrement. Un sujet dans les faits divers, un sujet que nous serions capables de traiter, un sujet que personne n’aurait l’idée de traiter. Mais au bout de trois heures, rien. Nous étions désœuvrés et déçus, nous n’étions pas des investigateurs, nous n’y connaissions rien, alors peut-être avons-nous laissé échappé quelque chose. Qu’est-ce qui faisait un bon sujet ? Bonne question, nous aurions sans doute dû commencer par là. De plus dans le coin, il ne se passait pas grand-chose qui sorte de l’ordinaire.
 
Soudain Prysc tomba sur un très bref article parlant de mort, de meurtres peut-être, non-résolus aux alentours de La Machine. Les enquêtes de la police de Decize et de la gendarmerie de la ville susnommée ont abandonnée les enquêtes faute d’indices suffisants. L’article disait également que les forces de l’ordre n’avaient pas réussi à lier les morts entre eux. Voila peut-être quelque chose de captivant à étudier. Mais rien ne nous disait que nous serions plus aptes à résoudre cette affaire que la gendarmerie.
-            Dorian, nous avons peut-être une chance de résoudre l’affaire…
-            Ah oui ? Et comment ? Demandai-je.
-            Apparemment tu as eu un bon feeling avec ce gendarme.
-            Mendez ? Je n’ai plus eu de nouvelle de lui depuis plus de trois semaines ! Alors qu’est-ce que tu veux ? Que je le force à me parler, faire mine que j’ai envie de renouer le contact et me servir de lui ? Non, non et non ! C’est hors de question, je le respecte beaucoup trop pour ça.
-            Qui te parle de te servir de lui ? Non tu vas le voir et demande lui clairement ce que tu cherches.
-            Et tu crois qu’il va m’accueillir comme ça, à bras ouvert quand je vais lui dire que je viens pour mener une enquête sur des faits divers, qu’eux n’ont pas pu élucider ?
-            Je n’en sais rien, c’est toi qui le connais. Tu te targues d’avoir fait du théâtre, improvises, tu dois en être capable.
-            Si tu crois que ça va me servir. Je t’ai déjà dit que j’avais fait du théâtre pour vaincre ma timidité, tu vois bien que ça n’a pas marché, j’ai toujours autant peur de parler avec des inconnus, sauf si j’ai un bon feeling avec ces personnes…
-            Comme avec Sovan.
-             Après si c’est du part cœur, c’est encore mieux, sinon je me ferme aux autres et je reste dans ma bulle ‘antisismique’.
-            Je ne vais y aller, il ne me connaît pas, me dit-elle avec entrain.
-            Ah bon ? Et tu crois que pour mener une enquête nous n’aurons qu’une personne à ‘interroger’ ?
-            Non bien sûr, mais je mise sur le fait que tu le connaisses tout de même un peu, et donc que ça puisse nous aider.
-            Waouh, quel travail… Primo tu m’inscris pour ce concours sans m’en parler et deuxio tu me demandes de faire le commencement, c'est-à-dire le plus difficile, sachant que nous n’avons aucune base solide… A part peut-être qu’ils n’ont rien trouvé. Bravo, belle mentalité….
Elle savait pertinemment que je ne lui en voulais pas, mon inscription forcée m’avait poussé à bout. Dans un geste semi-incontrôlable, ma main se leva, j’avais une irrépréhensible envie de frapper. Je resserrai mon emprise sur cette même main qui s’était relevée. Tout s’était passé si vite que je priai en moi-même pour qu’elle n’est rien remarqué. Mais lorsque nos regards se sont croisés j’ai lu dans ses yeux la terreur en eux. Je me levai précipitamment renversant dans ma fuite une chaise, je sorti du CDI presqu’à la course. Que m’était-il arrivé, pourquoi avais-je ressentie cette violence en moi, moi qui n’avais jamais levé la main sur personne, et encore moins une femme. J’avais peur, peur de moi-même, j’étais quelqu’un sans histoire qui n’avait jamais fait parler de lui, du moins pas pour des trucs véridiques, car des ragots il y en avait eu sur moi. Je n’étais personne.
 
Je rentrai chez moi, le bus m’avait déposé à l’arrêt de car, et la pluie s’était mise à tomber en trombes. Les gamins du quartier, des morveux qui revenaient de l’école, rentraient chez eux en courant, capuches bien enfoncées sur leur front. Moi j’étais sans protection pour la pluie et je marchais avec une lenteur calculée. L’eau ruisselait sur mon visage, elle était fraîche la bougresse, et elle commençait à me congeler la peau. Une voiture passa à toutes berzingues et, en passant dans une immense flaque, m’arrosa copieusement. Le véhicule s’arrêta, le conducteur en sortit et s’excusa. Il dû me prendre pour un fou car j’ai continué de marcher sans même me retourner, et lui prêter une quelconque attention, tel un zombie. En arrivant à la maison, j’étais frigorifié.
 
La douche chaude me fit du bien, je voulu appeler Prysc mais je me ravisai, j’étais encore trop honteux, plus tard peut-être. Je me mis à étudier tout en regardant la télé, plus pour avoir un bruit de fond que parce qu’il y avait un truc intéressant. J’ai toujours mieux bossé ainsi, si je n’avais pas de musique ou de télé pour m’isoler en bossant, je serai distrait par les grincements et les craquements de cette vieille demeure et je ne retiendrai rien de mes cours. Une perte de temps en somme.
Ce soir là, comme tous les jeudis mes parents rentrèrent deux heures plus tôt que d’habitude. Ma mère, à peine arrivée, s’attela à préparer le repas « un vrai dîner » comme elle disait, elle devait sans doute, à l’inverse de moi, considérer des nouilles ou des haricots verts, différent d’un repas, je ne sais pas, moi j’aimais ça, mes parents aussi, où était le problème ? Alors je me suis dit qu’elle devait se reprocher le fait de travailler et ainsi d’être éloignée de la cuisine, elle une mère. Moi je pensais que tout le monde, hommes et femmes confondus, pères et mères, avait le droit de travailler s’il le voulait. Elle devrait être loin cette époque où l’on considérait que la place de la femme était de tenir une maison et rien d’autre. Sans dire que je sois féministe ou autre, j’aurai détesté cette époque.
 
Trois quarts d’heures plus tard nous dînâmes ce que ma mère avait préparé, ce n’était pas extraordinaire, mais c’était délicieux, un de mes plats favoris des œufs meurettes. Cependant même avec cette dévorante envie de manger, je ne pu rien avaler, ce qui ne manqua pas de surprendre mes parents. Ils crurent d’abord, je le su à leur regard, que je faisais un régime, ils avaient remarqué que depuis presque un mois j’avais maigri, je leur assurai que non et je mis mon manque d’appétit sur le compte des remords que j’éprouvais à l’égard de Prysc.
Une heure après je décidai d’appeler mon amie, sans me raviser cette fois-ci, cependant c’est elle qui décida de ne pas répondre et je tombai sur sa messagerie qu’elle n’avait même pas prit le temps de personnaliser. Face à cette boîte vocale je lui laissai un message d’excuses et me couchai sans attendre un improbable rappel. Mais le sommeil ne vint pas et les rares fois où mes yeux se fermaient plus d’une minute, les rêves ou plutôt les cauchemars de la nuit précédente revinrent me hanter, faisant me relever brusquement de mon lit, mon ventre hurlant famine. Aux environs de deux heures du mat’, la faim qui tiraillait mes entrailles me força à me lever pour dévorer quelque chose. J’ouvris le frigo, la lumière m’éblouie, sur une clayette il y avait un roastbeef pour le lendemain. J’en découpai un morceau et le mangeai sans le faire réchauffer. Je découvris avec stupeur qu’il avait extrêmement bon goût ainsi. En remontant me coucher, je passai ma main dans mes cheveux histoire de remettre en place une mèche rebelle qui s’était mise devant mes yeux, je sentis mes cheveux plus raides et rêches qu’à l’ordinaire, mais s’était surement le manque de sommeil qui troublait mes sens. Une fois allongé, je sombrai dans un profond et savoureux sommeil.
 
A mon réveil, je ne me souvins plus de mes rêves si j’en eu fait, j’arrêtai mon mobile qui claironnait une sonnerie criarde qui me servait de réveil. A peine eu-je mis un pied à terre que je ressentis comme un vertige et une irrépressible envie de vomir et mon ventre réclamait encore de la nourriture. Que m’arrivait-il donc ?
                            
A l’extérieur le temps était clair, les oiseaux chantaient, annonçant une belle journée, pour aller se coucher ? Non j’avais cours, je devais y aller, des interros étaient prévues et hors de question de ne pas les faire. Quant à les réussir c’était une autre histoire. Cinq matières, cinq devoirs, la machine était lancée et impossible de l’arrêter, mais moi, je pouvais peut-être m’arrêter, en aurai-je le courage ? Je n’en savais rien, cependant une chose était certaine si je ne passais pas ces examens, je pouvais dire adieu à mon passeport pour ailleurs.
L’économie fut presqu’une partie de plaisir, je pu répondre à toutes les questions et la dissertation sur l’Union Européenne était assez facile, tout comme l’histoire-géo et la comptabilité. Nous pûmes reprendre des forces au repas de midi, même si les plats étaient, comme à leur habitude, infectes, ils purent tout de même, et c’était là leur principal avantage, nous redonner de l’énergie. Ce midi fut différent de la normal, puisque je déjeunai avec mes camarades de classe, qui exceptionnellement m’admirent à leur table. C’était étrange, et je ne tardai pas à comprendre pourquoi. En effet, ils me remercièrent de les avoir aidés pour les interros du matin. Moi, les aider ? Comment ? En fait, je ne m’en étais pas rendu compte, sans doute étais-je trop concentré, ou trop distrait, mais ils s’étaient presque ‘battus’ pour prendre une place à côté de la mienne, afin de pouvoir noter mes réponses. Je ne dis rien, comme d’habitude, même si j’hurlais silencieusement en mon for intérieur. Cela forcerait peut-être les amitiés à se créer, pourtant, je savais pertinemment qu’ils abusaient de ma gentillesse et de ma timidité. Alors je me jurai que ça allait changer, par contre je ne savais pas comment.
A peine sortit de table, je me suis précipité aux toilettes, les maux de ventre et l’envie « d’égorger le regard », comme disaient les Québécois, revenait…
A 14h00, après une heure passée, prostré à l’ombre d’un sapin, je pris place en philo, en prenant soin de m’éloigner au plus possible de mes camarades. Malheureusement le prof, un allumé complet, qui s’amusait en cours à imiter une mouche qui sautait de table en table, trouva louche que je me mette seul au fond de la salle, vint me voir et se mit à fouiller ma trousse en quête d’une antisèche. Ne trouvant rien et restant méfiant, il me fit m’installer à une table collée à son bureau. Cette manigance m’énerva au plus au point, mais après quelques secondes de réflexions je compris que c’était à mon avantage. En effet, si le prof me tenait à l’œil avec cette technique, j’étais également mis à l’écart des autres et donc de leurs regards malveillants. La « mouche » nous donna un texte d’Hegel et la dissertation qui l’accompagnait, une horreur, l’art de la médiation, « un homme peut-il être indifférent à l’art ? » Malheur, je n’avais pas révisé ce thème. A la fin des deux heures, ma copie double n’était remplie qu’aux trois-quarts avec rien de concret à l’intérieur, décevant. Le prof fit le même constat et me glissa subrepticement « C’est plus dur sans antisèche ». Je préférai me taire, il avait ses têtes et je n’en faisais pas partie et d’autre part, j’étais souvent très critique dans ce cours, je n’aimais pas la philo, enfin, c’était peut-être plus le prof que je n’aimais pas.
Lorsque 17 heures sonna, j’étais épuisé par cette éprouvante journée, l’heure de maths paru incroyablement longue et d’autant plus que mon ventre gargouillait, réclamant de la nourriture. Je n’arrivai déjà pas à me concentrer mais avec ces borborygmes rien ne s’arrangeait. Mon cerveau choisit ce moment pour me jouer un sale tour, toutes les formules se mélangeaient tout d’abord les unes aux autres, puis avec des symboles étranges que je n’avais jamais vus.
Le soleil m’ébloui dès que je gagnai la cour et avec lui les étranges symboles revinrent se coller à mes rétines, me cachant un tant soit peu la vue et me causant du même coup une perte d’équilibre. Je m’écroulai en plein milieu de la cour sous les rires des autres lycéens. Je voulu me relever, l’air digne comme si rien ne s’était passé, mais je paru encore plus ridicule, mes jambes ne me portaient plus, et je retombai une fois de plus.
Une ombre me frôla, j’avais chaud, j’étais honteux et mon visage devait s’être empourpré. Quelqu’un me tira par les épaules pour m’aider à me remettre debout. Je cru encore tomber, mais non, celui qui m’avait aidé me soutenait avec tant de forces que mon corps ne fournissait presqu’aucun effort. Lorsque je voulu savoir qui il était, son visage était en contre jour total. Nous arrivâmes sur le parking et profitant de l’ombre d’un platane, le soleil se cacha me permettant de découvrir les traits familiers de Sovan.
-            Qu’est-ce que tu fais ici ?
-            Je… je passais.
-            Je sais que tu mens, mais merci de m’avoir sortit de là.
-            Ce n’est rien, je sais ce que c’est.
-            Comment ça ?
-            Il y a quelques années, j’étais comme toi, répondit-il énigmatique.
-            Je n’en crois pas un mot… répondis-je.
-            Et pourtant…
 
Je compris qu’il ne voulait en dire plus, alors je me tus, mais une question me brûlait les lèvres, que m’arrivait-il ?
Je m’assis dans sa voiture, il m’aida, mon corps ne répondait pas, plus. J’étais comme paralysait. Je pris conscience alors de ce que pouvait ressentir un paralysé qui a connu presque toute sa vie la mobilité à laquelle tout Homme à droit, et qui, du jour au lendemain ne peut plus bouger que la tête. C’est comme être prisonnier de son propre corps ne pouvant plus rien ressentir. Moi qui n’aimais pas le vent je m’imaginais ne plus ressentir sa caresse sur ma peau, c’était atroce.
 
-            A quoi penses-tu ? Me demanda t-il.
-            Eh bien je me disais que je préférais mourir que de ne plus pouvoir sentir le vent sur ma peau ou ne plus pouvoir marcher.
-            Quoi ?
-            Je veux dire, là je ne ressens plus mes membres et je suis désormais le prisonnier de mon propre corps, alors je préfère mourir.
-            Mais ne sois pas ridicule, tu ne mourras pas, ce n’est qu’un état passager. Ton corps change, mais cela n’as jamais était aussi puissant chez quelqu’un.
-            Je ne suis pas sûr de comprendre…
Mais il laissa planer ma question silencieuse, tout en appelant quelqu’un, il me regarda et me sourit.
-            Oui, c’est moi, prépares ce qu’il faut, nous arrivons, il est paralysait.
Lorsque je voulu lui demander où il me conduisait je me rendis compte que ma bouche refusait elle aussi de m’obéir. Je ne parvenais qu’à pousser des ‘Mmph’ étouffés, énervés et affolés à la fois.
Il roulait à une vive allure, avalant le bitume à une vitesse inouïe, il était gendarme mais il y avait tout de même des limitations de vitesse. Il me regarda, l’air paniqué, il me souffla « Tout ira bien », était-ce pour me rassurer, se rassurer, je n’aurai su le déterminer. Même avec cette détresse dans la voix, je le cru.
Lorsque j’ouvris les yeux, il me sembla qu’il n’y avait qu’une seconde que je les avais fermé. Sovan me sortait du véhicule et son frère, Michel, courrait dans notre direction. Il sortit de sa blouse une seringue glissée dans son étui stérile, et un flacon, où était inscrit ‘adrénaline’.
Je ne sentis pas le métal s’enfonçait dans ma peau mais presqu’en un millième de seconde je sentis s’insinuer en moi le liquide translucide. Michel vida le flacon de verre dans la seringue, et il planta de nouveau celle-ci dans mon bras. Comme pour compenser le manque de signaux sensitifs lors de la première injection, la deuxième me causa une souffrance indescriptible. Je hurlai un long ‘non’ rauque. Mon corps répondait enfin et je me débattis vaillamment, Sovan essaya tant bien que mal d’arrêter mes gestes incoordonnés, en vain. Michel m’asséna un coup de poing, aussi soudain que violent à ma tête, un voile rouge tomba devant mes yeux.
 
Je me suis réveillé sur la banquette arrière de la voiture de Sovan, il conduisait et son frère était à côté de lui. Ils discutaient, mais je n’entendais rien, un nouveau symptôme ? Non quelque chose obstruait mes oreilles. J’arrivais à bouger mes mains, je n’étais plus paralysé, mais elles étaient coincées derrière mon dos, pourquoi ? Je compris soudain que j’étais ligoté comme un pauvre bougre. Que me voulaient-ils qui étaient-ils ? Je réussi, je ne sais comment à faire tomber un bouchon d’oreille.
-            Tu n’aurais pas dû le frapper.
-            Ça fait dix fois au moins que tu me le répètes, change de disque Sovan.
-            Je radote parce que ce n’est pas normal, je suis censé représenter la loi ici, et Dorian n’a rien demandé.
-            Comme nous tous avant, mais il est différent à présent ?
-            Quoi ?
Quel idiot j’ai été sur ce coup là, si j’avais gardé mon calme et mon silence, j’aurai pu en apprendre davantage, mais là ma bêtise m’a condamnée à l’ignorance. Sovan me regarda à travers le rétro, tandis que Michel se retourna, un point menaçant.
-            Tu n’as pas intérêt à le frapper de nouveau. N’oublies pas qui je suis. Alors excuses toi pour tout à l’heure.
-            Et puis quoi encore ?
Le gendarme lui lança un regard si noir que j’en eu froid dans le dos, et que s’il avait eu des revolvers à la place des yeux, j’aurai été témoin d’un meurtre à moins d’un mètre.
-            Je te présente mes sincères excuses, Dorian, pour le coup de poing de tout à l’heure. Mais tu dois savoir que si je ne t’avais pas fait t’évanouir, tu aurais pu mourir à cause de la forte dose d’adrénaline que je t’ai injecté.
-            Drôles d’excuses, dis-je, mais je les accepte.
-            Oui tu as raison Dorian, on aurait plutôt cru à une plaidoirie expliquer son geste.
-            Désolé, mais j’ai rarement l’occasion de m’excuser, l’interrompit Michel.
-            Il se prend pour un tout-puissant qui ne commet jamais d’erreur, souffla Sovan en me glissant un clin d’œil via le rétro.
Je lui souris, et je me demandai à cet instant comment j’allais pouvoir me sortir de là. En effet, même si j’appréciais Sovan, Michel me faisait peur, mais plus que cela, la situation dans laquelle je me trouvais, m’inquiétait franchement. Il fallait que je m’en extirpe, mais comment ? J’étais prisonnier de cette voiture, essayant de dissimuler mes intentions, un sourire idiot était figé sur mon visage. Michel se retourna et me demanda :
-            Pourquoi ce sourire ?
-            Pour rien, m’empressai-je de répondre.
Je devais vraiment effacer ce rictus de mon faciès, mais je n’y arrivais pas. Je connaissais cette route pour l’avoir mainte fois empruntée, nous retournions à La Machine. Au prochain virage il sera obligé de ralentir, alors je tenterai quelque chose. En attendant, je devrai donner le change.
-            Vous n’êtes pas frères, n’est-ce pas ?
Je ne sais pas pourquoi j’ai posé cette question, c’était la première qui m’était passé par la tête.
-            Si nous le sommes, commença Sovan.
-            Enfin en quelque sorte, le coupa Michel. Nous ne sommes pas frères de sang.
-            J’ai été adopté, précisa le frère à la peau mâte. Je n’avais que deux ans, alors je ne me rappelle pas de mes véritables géniteurs. Cependant, ceux que j’appelle ‘papa’ et ‘maman’ sont les parents de…
 

Je savais déjà qu’il allait dire « Michel », mais je n’attendis pas qu’il finisse, le moment était venu, la vitesse était retombée à cinquante kilomètres heure. Le terrain était en pente raide. J’ouvris la portière brusquement tout en débouclant ma ceinture ventrale.

 
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