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Une histoire au jour le jour...(6)

Il quitta la pièce, un sourire moqueur illuminait son visage et ses yeux, me laissant de nouveau seul.

J’essayais de rester calme, je patientais.

 

Une trentaine de minutes plus tard, j’en avais marre d’attendre, il revint me chercher et nous partîmes. Son visage s’était assombri, les discussions avaient dû êtres longues et difficiles.

 

Lorsque nous arrivâmes chez lui, son frère était déjà là. Même si le voyage entre le commissariat et l’appartement avait été silencieux, je ne cessais de me poser la question de savoir ce qui m’avait été caché. Je devais en avoir le cœur net et pour se faire je suis entré dans le vif du sujet.

 

-            Comment as-tu fait pour le convaincre de me laisser partir.

-            Je lui ai dit que demain tu irais faire une prise de sang.

-            Mais je croyais que…

-            Que je ne voulais pas, c’est exact. Et je ne le veux toujours pas, mais Michel fera le test à un de ses patients.

-            J’aimerai que vous m’expliquiez pourquoi il ne faut pas que mon sang soit testé ?

-            C’est très simple. Lorsque tu as été mordu pour que tu sois porteur du marqueur, tu as été contaminé. Je m’explique, le marqueur en fait comporte une molécule radioactive perpétuelle. Si un test sanguin est fait sur toi, ou sur nous, il sera positif à la drogue.

-            Mais ce que je ne comprends pas, enfin pas très clairement, c’est que lorsque j’ai été hospitalisé, j’ai bien eu des tests…

-            Je m’en suis chargé, répondit Michel, d’où les résultats négatifs.

-            Okay. Tout s’explique. En fait depuis le début vous avez suivi mon évolution…

-            On va dire ça comme ça.

-            Moi j’ai une question intervint Michel. Pourquoi t’es-tu enfuit de l’appartement.

-            Je… je ne me sens pas très à l’aise, je sens que dès que votre regard se pose sur moi, une sorte de tristesse… et…

-            Ne dis pas de connerie. C’est vrai, je suis, nous sommes triste. Mais déjà le fait que tu sois en vie et en bonne santé, nous rassure. Nous n’aurions pas supporté qu’en plus d’avoir échouer le Transfert te tue. Il est vrai aussi, que, eh bien mon fils soit présent, ici, sur Terre.

-            Mais je vous ai entendu. C’est peut-être de ma faute si ton fils n’habite pas mon corps aujourd’hui.

-            Non tu as dû mal comprendre, le "récepteur" ou "receveur" ne peut en rien agir dans le Transfert.

-            Il est un agent inactif, ponctua Michel en employant un jargon quasi médical.

-            Mais pourquoi ça n’a pas fonctionné.

-            Nous n’en savons absolument rien.

-            N’avez-vous pas un moyen d’entrer en contact avec le commandant Aransta ?

-           

-            Qu’as-tu dit ? Me demanda Michel, les yeux grands ouverts.

-            Si vous ne pouviez pas contacter votre planète.

-            Non, tu as dit le "commandant Aransta"

-            Euh peut-être…

-            Comment connais-tu ce nom?

-            Hmmm, vous avez dû en parler une deux fois.

-            Impossible nous le pensions mort.

-            Ben j'en sais rien alors.

-            N'en parlons plus alors. Allons plutôt manger. Tu dois avoir faim, tu as mangé quelque chose aujourd'hui ? Me demanda Michel.

-            Euh, eh bien non, enfin pas que je m'en souvienne.

-            Alors assis-toi, et Michel et moi, on va préparer à manger.

Je fis ce qu'ils m'avaient dit, m'asseyant dans le canapé, je sentais un tant soit peu une fatigue physique qui se diffusait dans tout mon corps. Mais je ne pus empêcher mes oreilles de s'"étendre" vers la cuisine, captant ainsi une conversation.

-            … foutu à la porte ? Mais c'est n'importe quoi, ils n'ont pas le droit.

-            Techniquement si. Mais on s'en fout. Il a parlé d'Aransta.

-            Le Transfert aurait donc fonctionné ?

-            Je n'en mettrai pas ma main au feu, mais c'est possible, comme ça l'ait également qu'on ait mentionnait le nom d'Aransta en sa présence.

-            Je n'en aucun souvenir pourtant, et tu sais que j'ai une excellente mémoire, meilleure que la tienne.

-            Oui c'est vrai. Ne traînons pas trop quand même.

Ils avaient cessé de parler pendant cinq minutes jusqu'à ce qu'ils reviennent. Leur repas consistait en fait à une pizza qui leur restait de la veille. Ils ne l'avaient même pas fait réchauffée, visiblement ils l'appréciaient ainsi.

Ce repas ne m'empêcha pas de me sentir moins gêné de ma présence parmi eux. Je n'étais pas comme eux, je n'avais aucun lien familial, je ne pense pas qu'ils me considéraient comme un ami, je n'en étais pas moi-même convaincu.

 

Nous discutâmes de tout et de rien pendant la pizza. Rien ne se rapportait au Transfert, ni à ma mise à la porte.

Ils me donnèrent la chambre d'ami, pour y rester le temps que je le souhaitais. Je pris un livre et le lu ardemment. Sovan m'avait passé ce bouquin que j'avais déjà lu et que j'adorais. Je le lus goulûment comme pour la première fois. Le Mercure parcouru mes veines, me nourrit, se fondit en moi, je fis mienne l'histoire que cette merveilleuse auteure avait voulu partager. Amélie que vos mots sont bien choisis, habilement employés, ils m'emmènent à chaque fois dans des contrées que mon esprit ignorait.

 

Après cette lecture passionnée et passionnante, j'avais une soif, physique cette fois-ci. Je sorti de la chambre pour gagner la cuisine, obligé de passer par le salon. Je surpris alors Michel en train de mater la télé avidement, une série. Je m'arrêtai quelques instants pour savoir de quoi il s'agissait, sans bruit. Un homme nu, gisait sur des roches, il était mort, la caméra pivota et nous montra deux trous sanglants à la base de sa nuque. Cela m'intriguait, j'avais toujours adoré les films d'horreurs. Pour en avoir le cœur net je lui ai demandé ce que c'était. Surpris, Michel sursauta, "P'tain tu m'as fait peur."

-            Excuses moi, ce n'était pas voulu. Tu regardes quoi?

-            Euhm, une nouvelle série. Des vampires qui tiennent un club privé, sur une île un peu isolée, répond t-il visiblement gêné.

-            C'est une série d'horreur ?

-            Oui, on peut dire ça.

-            Je… est-ce que je peux regarder avec toi ? je ne comprenais pas ça gêne, mais je n'allais pas tarder à le découvrir.

-            Oui, si tu veux, pas de problème, mais je ne suis pas sûr que ça te plaise.

-            Oh tu sais, moi les vampires et les loups-garous ont toujours été mes créatures fantastiques préférées. C'est quoi le titre ?

-            Le même que le club, l'Antre. The Lair en anglais

Sur l'écran s'afficha un pseudo générique de la série, c'était un pilote, juste le nom de la série apparaissait. Cela ne me donnait aucune information sur celle-ci.

Au bout d'une demi-heure l'épisode était terminé, je restais perplexe face à ce que j'avais vu, Michel, lui, était super heureux. L'histoire, l'intrigue était assez sympa quoi que très basique, à la Charmed. Mais je pense que cette série était un prétexte pour voir des mecs au corps huileux. Michel était gay, je comprenais maintenant pourquoi il avait éprouvé de la gêne. Ou alors c'est qu'il avait honte de regarder des séries Z.

-            Michel, je peux te poser une question ?

-            Oui vas-y, répondit-il sans me regarder.

-            Sovan est-il au courant pour toi ?

-            Pour moi ? De quoi parles-tu?

-            De… ben du fait que tu sois gay…

-            Chhhttt, me fit-il accompagné par les mouvements de ses deux mains.

-            Je dois comprendre que non.

-            Co… comment tu as su?

-            Avec ça, dis-je en désignant la télé. En fait j'avais deux options, celle que je t'ai donné et l'autre que t'étais fan de séries Z. J'ai opté pour la première, car t'es médecin. Ce que je ne comprends pas, c'est comment Sovan ne s'en est pas rendu compte.

-            Je pense qu'il ferme les yeux.

-            Mais c'est Michel ou Thélias ?

-            Un peu des deux.

-            Ok, bon ben moi je vais me coucher.

-            Tu ne lui diras rien, je compte sur toi.

-            Non, ne t'inquiète pas, bonne nuit.

-            Dors bien.

 

Le lendemain matin, lorsque je me suis levé pour prendre mon petit-déjeuner, les deux frères étaient déjà attablés. Michel me fis comprendre, par le regard, de me taire, je hochais la tête en signe de promesse.

-            Bien dormi ?

-            Oui et toi ?

-            J'en avais vraiment besoin. Par contre aujourd'hui tu retournes en cours.

-            Je sais.

Je ne le savais que trop bien. J'avais passé quasiment toute la nuit à réfléchir au comment je pourrais expliquer mon absence de deux jours, ce ne serai pas simple et mes mots ne devront trahir le secret des Mendez. Je n'ai jamais été très doué pour le mensonge.

 

Je pris une douche rapide et je me rends à l'arrêt de bus. Dans ce dernier, rien n'avait changé, ils se fichaient de mon absence, en un sens ce n'était pas plus mal, mais ils me raillaient encore et toujours. J'enrageais intérieurement, mes mains se crispaient aux accoudoirs. Au bout de vingt minutes de trajet, je pu de nouveau sentir l'air frais.

Mon regard se posa sur un arbre au feuillage jaunissant, j'exultais de sentir la mort en ce lieu.

Une voix me fit sortir de cet état de torpeur, je découvris en me retournant qu'il s'agissait de Prysc. Elle me serra dans ses bras pour me souhaiter la bienvenue. AU moins il y avait quelqu'un heureux de mon retour.

Nous discutâmes en faisant route vers l'austère monument d'éducation, elle voulait savoir ce qu'il s'était passé et je lui expliquai. Enfin je lui donnai la version inventée, il fallait que je la teste. Elle était la personne idéale, je n'avais jamais pu lui raconter de bobards, et si ça fonctionnait avec elle je le pourrai avec n'importe qui. Dans cette version engendrée  par mon esprit, il n'était pas question du Pacte, ni du transfert ; non ; juste que mes parents m'avaient mis dehors en qu'ayant dormi dehors plusieurs nuit à la belle étoile voilée par les nuages. Sovan avait décidé de m'héberger. Dans le fond, il y avait une grande partie de vérité. Elle me regarda, les yeux pétillant de larmes. Je la rassurai comme je le pouvais, mais au fond, je m'en voulais de lui mentir.


            Arrivé devant les grilles, je me suis dit 'merde', j'avais complètement oublié de remplir un de ces stupides coupons d'absence,  où tout le monde mentait, c'était à mon tour. J'en remplis un rapidement en mettant malade en tant que raison, et ça passa comme une lettre à la Poste, un jour de non grève.

 

Je commençais par les maths, mon prof était un sadique, il distribua les devoirs du jour de ma crise, de la moins bonne à la meilleure note. A la fin, mon tour arriva. "Dorian, on peut dire que vous avez faits d'énormes progrès, vous-a-t-on aidé, j'entends chez vous ou pendant le devoir ?" Je fis non de la tête, et lui repris. "Eh bien vous auriez dû, car avec un 1,5/20, c'n'est pas brillant du tout… Vous noterez que je vous ai mis 1, pour l'encre." Je tombais littéralement des nus. D'habitude j'arrivai avec lui à avoir tout juste la moyenne. "Vous demanderez à vos parents de venir me voir, et restez à la fin du cours."

-            Monsieur, je vous prie de m'excuser mais pour votre première proposition ce sera impossible. Quand à votre seconde requête, j'y répondrai favorablement et j'en profiterai pour vous expliquer la raison, ainsi que (je marquai un temps de pause en regardant ma copie) vous n'avez pas correctement noté mon devoir.

Mon prof en resta pantois, et pour dire vrai, moi aussi, c'était comme si je déclamai un discours.

Le cours se fit et je n'avais rien prononcé d'autre lorsque la cloche retentit, nous signifiant la fin de ce calvaire, plutôt la fin du leur. Mes camarades sortir et je me suis présenté devant mon prof. Je suis rapidement passé sur mes parents et lui ai expliqué mon devoir. Je n'avais pas employé, il est vrai, les formules apprises dans son cours, mais j'avais mis en application des formules, des théories démontré par des grands mathématiciens, et lui n'avait pas fait le lien. Je venais de l'achever. J'avais toujours été un élève moyen en maths, mais là, sans qu'il ne s'y attende, et moi non plus, j'avais atteint un autre niveau. Je le laissai, la mine défaite, moi j'étais content.

Les cours s'enchaînèrent sans que je ne me fasse plus remarquer. Avant de partir et comme on n'avait plus de temps, Prysc qui avait entendu parler du cours de maths, me fit promettre de l'appeler le soir même pour lui expliquer.

 

Dans le bus, la même rengaine, alors que je me demandais ce que pouvait faire mes parents, ils me manquaient, je m'en voulais de ne pas les avoir prévenus. Mais le passé est passé, je devrai essayer de me racheter mais comment ?

Le calvaire se termina lorsque je descendis du bus à mon arrêt un des 'chieurs' descendit également. Etrangement, une fois seul, il ne m'adressait plus la parole. Tel un animal il était plus menaçant en meute quand solitaire. Mon heure d'"informations". "Dis moi Denis, as-tu quelque chose à me reprocher?" lui lançais-je, juste avant qu'il ne traverse. A peine un regard vers moi, et se plantant devant la route, il secoua négativement la tête. "Alors pourquoi, avec ta bande de copains, tu me cherches des grasses depuis toutes ces années ?", "j'en sais" bougonna t-il. J'acquiesçai presque silencieusement, juste avant, sans que je ne m'y attende, il me lança "sans rancune". Pourquoi cette phrase ? Pourquoi maintenant ? Mais de toute façon s'en était trop, mon estomac se retourna et je me suis rué sur lui, le rouant de coups. Il se défendit plutôt bien, en me coupant le souffle en me lançant un grand coup de poing dans les côtes. Pourtant, au sol, il s'acharna sur moi. Je réussis à lui saisir le pied et ainsi lui faire perdre l'équilibre, je terminai en lui donnant à mon tour un crochet du droit au visage. Un craquement sourd se fit entendre, il porta ses mains à la figure et je partis, presqu'en courant.

 

J'étais dans un triste état en passant la porte de l'appartement, ma chemise était déchirée, mon visage était couvert de sang, mon corps entier hurlait. Dans la salle de bain je découvris que mon corps était tuméfié.

 

 
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