Je ne suis pas un surhomme, je ne me considère pas ainsi et je ne pense pas non plus que mon entourage, mes connaissances me
considèrent ainsi.
Tout ce qui sera dit ici, est loin d’être fabulé, le fantastique s’est mêlé à ma triste réalité, mais pas forcément là où l’on s’y
attend, et ça a rendu ma vie plus passionnante. Je ne dis pas que je vais me livrer ou, qu’au contraire je vais ne pas le faire. C’est juste mon histoire dont j’essaye de me rappeler les faits
dans l’ordre chronologique.
*
Tout avait commencé par cette froide journée d’octobre, le vent soufflait fort, trop fort peut-être, pour ne pas que je ne m’en
inquiète. Le ciel s’obscurcissait au fur et à mesure de la course des nuages, portaient par les puissants courants d’air d’altitude. Je venais de commencer ma troisième année au lycée, une
horreur. Tout n’allait pas bien pour moi, attention je ne me considérai pas à l’époque comme un souffre douleur, puisque je ne souffrais pas vraiment de ce qui m’arrivait.
Mes journées de cours se composaient ainsi, le matin et le soir il y avait le bus avec ses prises à partie, entre, il y avait le lycée
et ses moqueries. Je ne vais pas me plaindre, je sais qu’il y des personnes qui ont connu pire, moi ce n’était que des railleries, des attaques orales. J’arrivais à contenir cette voix qui me
susurrait de les faire taire, je ne faisais rien. Je les ignorais complètement, à quoi bon au final leur dire, ils auraient, soit continués et ce en empirant, soit ils s’en seraient peut-être
pris à quelqu’un d’autre, qui n’aurait peut-être pas supporté et aurait fait quelque chose de stupide.
Ce jour là, la pluie avait commencé à tomber très calmement, quelques gouttes éparses, rien de bien méchant. Mais dans cette
‘sombritude’ que le climat nous imposait, un brin de joie se posera sur ma main. Tandis que je descendais du bus, devant le lycée, un rayon de soleil sortit des nuages. Les gouttes de pluie
explosaient sur ma peau. Je remontais l’allée qui menait à l’austère bâtiment, suivant les cohortes de lycéens goguenards, le soleil frappait mon dos en le réchauffant un peu, et c’est à cet
instant que je le remarquai enfin. Un arc-en-ciel s’étirait à perte de vue et qui avait pour origine un reflet sur une perle de pluie que je portais à mon insu sur ma main. Un sourire imprévu
étira mes lèvres, lorsque je m’en rendis compte, je l’effaçai d’un geste de la main.
Ma vie était déjà assez dure comme ça, ici, sans que l’on ajoute à ma longue liste de surnom « le fou » ou « le
barge ». Bien que ces derniers n’étaient pas si dérangeants que ça comparé à certains autres que je tairais pour l’instant. Eh oui, après tout la folie dépend de celui qui énonce cet état.
Aussi vrai que soit la phrase « on est tous l’étranger de quelqu’un », la suivante qui en est une adaptation, l’est tout aussi, « on est tous le fou de quelqu’un ». Mais bon
passons, la première heure de cours allait débuter.
A l’heure du déjeuner, je rejoignis une amie, d’un an plus jeune, Prysc. Une jolie demoiselle aux cheveux châtains blonds, toujours
joyeuse et qui savait communiquer sa bonne humeur. Tout en mangeant je lui racontai l’épisode du pont Bifrost, un pont immatériel composé de sept couleurs qui permettait aux Dieux Nordiques
de rejoindre la terre des Hommes, Midgard. Je lui dis ensuite que cette pensée m’avait rendu heureux et, que je considérais cela comme un signe annonçant une radieuse journée. J’avais été touché
par la magie. Nous échangeâmes un sourire, qui ne comportait aucune once de moquerie. Après un silence relatif entre nous, elle me prévint qu’elle acceptait d’aller au cinéma avec moi le soir
même.
Les cours reprirent à quatorze heures pour moi, Prysc n’avait eu qu’une heure de pause, moi, seul, je me suis mis dans un coin, à
l’abri des regards j’avais besoin de calme.
Trois heures de français, cela pouvait signifier deux choses, ou bien il y avait une interro, soit ce n’était qu’un cours.
Malheureusement pour moi, ce n’était pas la première supposition. Non pas que j’adore les devoirs, loin de là, mais pendant un cours il fallait parler, échanger des idées. J’aime débattre mais
c’est là aussi un endroit où les railleries entre ‘bons camarades’ sont plus vicieuses. Cependant il fallait y participer bon gré mal gré sinon la note de participation descendait fatalement et
je ne pouvais pas me le permettre, car je nourrissais ce secret espoir de poursuivre mes études ailleurs, dans un autre lycée, une autre ville où je pourrais changer de vie. Du moins je
l’espérais.
Dix-sept heures, Ô délivrance la fin des cours et de la semaine. J’attendis dos au grillage l’arrivée de Prysc qui se devait d’être
imminente. Quelques minutes plus tard, elle arriva enfin, le sourire aux lèvres, comme d’habitude.
« C’n’est pas trop tôt » lui lançais-je pour blaguer, et elle qui me répondit sur le même ton « Je vous prie de m’en
excuser Monsieur, mais une affaire pressante réclamait mon attention dans un local privé. » Et nous rigolâmes ensemble de bon cœur, me moquant pour une fois des regards qui me méprisaient.
Nous avions une heure à tuer et un peu plus d’un kilomètre à parcourir dans ‘Decize City’ pour rejoindre le cinéma, autant dire que nous avions largement le temps.
Nous avons choisi le film à la dernière minute, car ni l’un ni l’autre n’avions de réelle idée. Et puis devant le guichet nous avons
décidé de voir le nouveau Jim Carey, Braqueurs amateurs, Il paraissait bien drôle. De toute façon nous n’avions jamais été déçu par aucun de ses films, même si de mon côté je préférais
les rôles où il ne faisait pas le pitre, genre, Eternal Sunshine Of The Spotless Mind.
Deux heures plus tard nous sortions de la salle obscure pour gagner une autre obscurité, il faisait nuit noire, et nos ventres ainsi
que nos côtes nous faisaient terriblement souffrir. Même s’il s’agissait d’un doux mal, nous avions trop rigolé.
Le père de Prysc l’attendait, moi j’attendis quelques instants qu’un voisin passe me prendre au retour de son travail.
Le vent soufflait calmement dans les feuilles, au-dessus des faîtes des arbres les corbeaux croassaient d’une façon qui me donna la
chair de poule. En provenance de la route j’entendis une espèce de pétarade informe. Je me levai d’un bond, j’avais reconnu le tas de ferraille de mon voisin.
Il me demanda rapidement si ça allait, je savais qu’il n’attendait pas à ce que je développe, alors je lui rendis son salut et
répondit simplement « bien ». Ce fut les seuls mots que nous échangeâmes.
La circulation était plus que calme, ce qui changeait de d’habitude. J’allais faire part de cette constatation à mon pilote, mais
avant que les mots ne franchissent le seuil de ma bouche, nous percutâmes quelques chose d’imposant, car la tôle vibra si fort que le pare-brise vola en éclat. La voiture fit un tête-à-queue
avant d’être stoppée par la rambarde de sécurité. Mon sang ne fit qu’un tour, tout comme mon voisin, ma respiration était haletante. Il me jeta un regard désemparé, je cru comprendre pourquoi, il
venait de perdre sa voiture et il n’avait pas beaucoup d’argent. Je posai ma main sur son épaule parce que lui au moins, et c’était le plus important, était toujours en vie, et c’est à ce moment
là que je vis, j’avais mal interprété le regard de mon voisin. Mon bras droit était en sang, la douleur venait de se réveiller, c’était comme si le choc, la peur, voire les deux avaient pendant
un temps bloquait les signaux nerveux. Des morceaux de verre étaient fichés dans la peau, la panique me prit, j’avais de plus en plus froid au fur et à mesure que le sang s’écoulait des plaies.
J’étais incapable de réagir. Mon voisin déchira un bout de tissu de sa veste en jean pour me faire un garrot. Je refusai, j’avais vu des films où ils montraient qu’un garrot pour conduire à une
amputation. Je décidai, même si cela était risqué, de retirer les morceaux de verre. Il me regarda écœuré à la vue de cette énorme quantité de sang. J’avais dû mal à contenir mes hurlements
tellement ça faisait mal. Je voulais aller vite mais je craignais que du verre se brise une fois de plus et qu’il reste de mini-éclats en moi. Les larmes me montaient aux yeux.
Enfin le dernier éclat fut retiré, je pris le bout de tissu et l’enroula autour de mon bras. Soudain dans un fracas assourdissant la
portière côté conducteur vola en éclat et mon voisin fut tiré vers l’extérieur avant de disparaître dans les bois, la ceinture avait cédée sous la force de cette chose. Je ne vis pas ce qui
l’avait attrapé, mais la forme semblait gigantesque.
Moins de trois minutes plus tard un grognement de chien se fit entendre. Ma ceinture était coincée et ma portière était bloquée par la
rambarde métallique. Je ne suis plus vraiment sûr, mais pendant tout ce temps, j’hurlais de peur.
La vitre explosa et quelque chose m’attrapa la main blessée, ravivant du même coup la douleur, c’était atroce. Des flashs de couleurs
bleue et rouge illuminaient par alternance les arbres de la forêt. Je crois que je suis tombé dans les pommes à ce moment là, car je ne me rappelle plus de rien.
*
Je me réveillai enfin, entouré de blanc, mes yeux semblaient me jouer un sale tour, j’étais un ‘aveugle’ qui ne voyait que du blanc.
Je cligné des yeux, je ne sais combien de fois, pour essayer de détruire cette vision, en vain. Je me rendormis.
*
Un bruit de pas, une respiration calme, tout ça parvint à mes oreilles avec une clarté nouvelle. J’ouvris les yeux, la blancheur
était toujours là, mais plus sombre, moins éclairée. Un homme, à la peau laiteuse reflétant la blancheur immaculée de sa blouse, entra dans la pièce où j’étais. Il me regarda et leva un sourcil
en voyant que je m’étais réveillé.
- Vous êtes réveillé,
enfin.
Je n’aimais pas le ton que ce médecin prenait avec moi, mais je lui en fis grâce, comme d’habitude.
- Je… où
suis-je ?
- A l’hôpital
de Decize, vous avez été retrouvé inconscient, allongé sur le bord de la route après La Machine, par les pompiers qui allaient sur une autre intervention.
-
Quoi ?
- Si vous
n’aviez pas été là, deux vies auraient pu être sauvées.
Je rêve ou ce médecin m’accuse moi, d’être à l’origine de la mort de deux personnes. Il n’est pas bien.
- Que
m’est-il arrivé ?
- Ah ça,
c’est à vous de nous le dire ? Me répondit-il sournoisement.
- Je… je,
honnêtement, je ne suis pas sûr de me rappeler. Ahh, j’ai mal à la tête.
- Ce n’est
rien.
Ça je le savais déjà, mais j’avais vu assez de mauvais films pour savoir qu’il fallait que j’en sache assez avant de répondre. Je ne
voulais pas que l’on me rende coupable de la disparition de mon voisin, s’il avait vraiment disparu.
-
Alors ? Que c’est-il passé avant que les pompiers ne vous retrouvent allongés sur le bitume ?
- Je, j’étais
allé au cinéma avec une amie et mon voisin devait me récupérer à la fin du film après sa journée de travail. Mais j’ai attendu, attendu, plus d’une demi-heure, mais il n’est pas venu. Alors je
me suis décidé à faire du stop. Il était tard mais mes parents travaillaient. Un homme qui allait au château de la Cave m’a prit en stop… ensuite je me suis réveillé ici.
- Et entre
les deux que s’est-il passé ?
- Je n’en
sais rien. Mais juste pour savoir, ce ne devrait pas être un policier, ou un gendarme qui me questionne ?
- Si, et il
nous écoute, grâce à cet interphone.
Il me désignait un bloc de plastique fixé dans le mur, juste à côté de mon lit.
- Mais il ne
nous voit pas, alors comment peut-il être certain que vous ne me guidez pas dans mes réponses ?
- Nous avons
confiance l’un en l’autre depuis notre plus jeune âge.
Je levai un sourcil, intrigué par cette réponse.
- C’est mon
frère, s’empressa t-il d’ajouter. De plus pourquoi vous guiderais-je dans vos réponses.
- Si vous le
dîtes. Mais dîtes moi alors pourquoi n’est-il pas venu lui-même ?
- Il est
parfois plus facile, pour certain, en tout cas, de parler à quelqu’un qui ne porte de costume des forces de l’ordre. Dîtes-moi ce que vous vous êtes fait au bras pour qu’il soit dans cet
état ?
- J’avoue que
je n’en sais que trop rien, tout est si…si embrumé dans mon esprit.
- Peut-être
vous rappellerez-vous plus tard. En attendant je vous laisse, vos parents sont ici.
Le médecin quitta la pièce et il indiqua à mes géniteurs d’entrer. Lorsqu’ils virent que j’étais réveillé, ils me sourirent, je le
leur rendis. Ils m’enlacèrent chacun leur tour.
- Que
c’est-il passé ? S’enquit ma mère.
Que pouvais-je lui dire… Je regardai un instant le boîtier de l’interphone, la diode verte indiquant que l’appareil était en
fonction, était allumée. Je tendis mon bras pour l’éteindre, ma main qui avait été attrapée par cette chose, ne portait plus aucune cicatrice, pourtant lorsque le médecin me l’a désignée, elle
était encore blessée. Je n’ai pourtant pas rêvé, le médecin aussi l’avait vu… étrange. Quoi qu’il en soit, ce médecin voulait savoir si j’allais ou non changer de version avec mes
parents.
- Je… est-ce
que le voisin est rentré chez lui ?
- Quoi ?
Euh non, enfin on ne l’a pas vu. Mais il y a un panneau qui indique qu’il vend sa maison, me renseigna mon père. Pourquoi cette question ?
- Il devait
me ramener à la maison après le cinéma.
- Hum et bien
nous avons entendu une voiture tard dans la soirée…
- Enfin
c’était plutôt un utilitaire, précisa mon paternel.
- Etrange, il
ne me paraissait pas soucieux, il ne m’a pas parlé non plus d’un quelconque déménagement, me dis-je tout bas.
-
Comment ?
- Euh non,
rien, je réfléchissais à voix haute.
Je continuai à leur raconter ce qu’il m’était arrivé, lorsqu’en plein milieu j’entendis nettement la voix de Prysc qui demandait où
se trouvait ma chambre. Qui l’avait prévenu ? Et pourquoi pouvais-je l’entendre ?
- Qu’est-ce
qu’il y a ? S’inquiéta ma mère.
Je me rendis compte alors, que durant un certain laps de temps j’étais resté là, bouche ouverte comme un demeuré.
- Je… oh rien,
c’est juste que je suis encore un peu sonné par tout ça et j’ai l’impression de ne pas pouvoir me rappeler certaines choses. Mais, ne vous inquiétez pas, ça reviendra. Le médecin m’a dit que ça
pouvait arriver après un choc ou un trauma.
On frappa à la porte et dans l’entrebâillement je vis Prysc. Je lui fis signe d’entrer. Mes parents la saluèrent et lui cédèrent la
place en nous laissant seuls. Elle m’enlaça amicalement. Je jetai un bref regard à la pendule qui indiquait 17h30.
- Comment te
sens-tu ? Lui demandais-je pour la devancer.
- Ce serait
plutôt à moi de te le demander. Je me suis inquiétée en ne te voyant pas au lycée aujourd’hui.
- Tu n’as pas
dû voir grand monde non plus, un dimanche…
- Mais Dorian,
on est lundi.
C’est à ce moment que je pris conscience que j’étais ici depuis trois jours ce qui expliquait également qu’elle porte son sac de
cours.
- Ah, je crois
que j’ai un peu perdu la notion du temps aussi.
- Que t’est-il
arrivé ? Pourquoi es-tu ici ? C’est ceux de ta classe qui m’ont dit que tu te trouvais là, mais ils ne savaient pas pourquoi, qu’ils ne savaient pas.
- Ah ?
Euh, tu vas me croire dingue, mais il se passe des choses étranges.
- Comment
ça ?
- Vendredi
après que tu sois parti mon voisin m’a pris en stop, comme prévu. A la sortie de La Machine, sa voiture a dérapé et a été stoppé par la glissière de sécurité, le pare-brise à volé en éclat et du
verre a percé la peau de ce bras.
- Mais il n’y a
rien, constata-t-elle.
- C’est ça qui
est dingue, le médecin a vu mes blessures, et qu’en j’ai voulu le montrer à mes parents, tout avait disparu. J’ai retiré les morceaux de verre dans la voiture assez rapidement et c’est là que la
voiture côté conducteur a été projeté dans les airs, mon voisin s’est fait chopper par quelque chose de puissant. Rien qu’en en parlant j’entends encore ces hurlements et les miens. Je n’ai pas
vu ce que c’était, mais c’est revenu et m’a attrapé la main. J’ai vu les lumières des pompiers et je ne me rappelle plus de rien après ça. Mais ça devient encore plus bizarre après.
- Ah oui ?
Parce que là déjà c’est assez fort et assez délirant aussi.
- Tu ne me
crois pas.
- Si bien sûr.
Mais qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?
- Mes parents
viennent de me dire que depuis hier… euh non, avant-hier, la maison du voisin est en vente, et ils ne l’ont pas revu depuis jeudi matin.
- D’un certain
point de vue, ça peut paraître étrange, mais d’un autre côté, ton voisin à peut-être oublié de te le dire, voila tout.
- Tu dis
peut-être vrai, mais ça serait en faisant abstraction de l’« attaque » de la voiture… Et, excuse moi, si tu penses que je me monte la tête, et si tu ne veux pas me répondre c’est ton
choix. Mais crois-tu franchement qu’un type à la veille de son déménagement viendrait, passes moi l’expression, s’emmerdait à faire le taxi pour un voisin ?
- Il voulait
peut-être te rendre service ? Ou il te portait plus dans son cœur que tu ne l’imaginais.
- Soit, alors
pourquoi faire ce cinéma avec la voiture ?
- Euh… Il a
peut-être gagné au Lotto et il a voulu marquer son départ.
- Tu veux
vraiment avoir réponse à tout et me faire ‘chier’ en détruisant mes théories ?
- Hey, c’est le
job d’une amie, te faire redescendre sur terre.
- Mouai… on va
dire ça, ou c’est que tu as peur de ce qui m’est réellement arrivé.
Elle m’enlaça une nouvelle fois et posa son front contre le mien et nous restâmes ainsi un moment qui me sembla très court, mais
lorsque je regardai la pendule, l’aiguille des minutes, avait avancé de cinq cases.
- J’essaierai
de sortir demain.
- Suis les
conseils des médecins quand même.
- Y’a pas de
sushi…
- Y’a que des
rouleaux de printemps…
Elle se dirigea vers la sortie, au niveau de la porte, elle se retourna vers moi et m’envoya un baiser, en ajoutant « bien
baveux », elle reprit son chemin, tandis que je riais, une sale blague entre nous.
Je ne sais pas pourquoi mais je me sentais fatigué, mais en entendant de nouveaux bruits de pas dans le couloir, je su que le repos ne
serait pas pour maintenant. Un homme, un gendarme venait d’entrer dans ma chambre. Il était moyennement grand, 1,70 mètre, le teint hâlé, la barbe mal rasée, des cheveux noirs et épais
dépassaient de sous son béret bleu foncé. Ses yeux verts pétillaient, il devait être heureux. Il avait le visage anguleux avec une mâchoire assez large qui était en harmonie avec son corps, non
pas qu’il soit gros, bien au contraire, mais son polo laissait transparaître de puissants pectoraux.
- Monsieur,
j’ai des questions à vous poser, je peux ?
- Ça tombe
bien, moi aussi. Je croyais que les écoutes étaient passées de mode ?
- C’est vrai,
mais nous avions l’autorisation de vos parents ?
- Je suis
majeur désormais et, en plus les méthodes détournées, ce n’est pas le top. Envoyer un médecin m’interroger à votre place, c’est nul… Je peux vous parler franchement ?
Je ne me reconnaissais pas, était-ce moi qui parlait ?
- Vous ne venez
pas déjà de le faire ?
- Peut-être.
Quoi qu’il en soit, j’aurais préféré que vous veniez en personne dès le départ. Et, j’ai mentit, je ne sais pas vraiment pourquoi. Mais laissez-moi vous dire ce que je me rappelle
honnêtement.
Alors je lui narrai mon histoire, pour la énième fois de la journée, telle que je l’avais vécu et telle que je l’avais raconté à
Prysc. A son tour, il me raconta qu’il avait eu ce pressentiment, ou plutôt cette idée que je revenais en voiture, mais il avait dû abandonner cette idée puisqu’il n’y avait aucune trace
alentours, il n’avait trouvé ni trace de sang ou de voiture. Cependant il avait noté la présence des traces de gomme, que les pneus avaient laissée lors du tête-à-queue. Il m’affirma qu’il
rechercherait mon voisin et, qu’il me tiendrait au courant de l’affaire, sans toutefois être au courant de toutes les implications. Il affirma ensuite qu’il me croyait, ce qui me rassura, et
que je serais convoqué au commissariat pour signer ma déposition. Le gendarme Mendez me laissa, je m’endormis, sans dîner. L’odeur exécrable des hôpitaux avait ce pouvoir sur moi.
Le lendemain, après avoir petit-déjeuné, monsieur Mendez, le médecin cette fois, vint m’examiner. Le diagnostique fait, il m’annonça
que je pourrais quitter les lieux en début d’après-midi. « Enfin » me dis-je, bien que je savais qu’il n’y avait que trois jours et demi que j’étais là. Avant de partir, il s’excusa de
m’avoir interrogé pour le compte de son frère et d’avoir surement été brusque.
13h30, mon sang bouillait, je ne tenais plus dans cette pièce qui me donnait envie de vomir. Cet air irrespirable, me brûlait la
gorge.
Je sortis du lit précipitamment et enfila une tenue digne de son nom. La tête me tourna mais j’en fis fi. Je pris l’ascenseur pour
rejoindre le rez-de-chaussée, les vérins firent un bruit d’enfer, c’était insupportable. Une fois dans le hall, je courus jusqu’à la porte principale. Enfin de l’air, du vrai air non vicié, je
l’aspirais à pleins poumons.
J’aperçu alors les deux frères Mendez, ils étaient en pleine discussion. Le gendarme me remarqua et me fit un salut de la main, puis
sans qu’ils aient l’air de se concerter, ils vinrent vers moi. « Qu’avais-je fait ? Devais-je fuir ? Pourquoi fuirais-je ? » Restons stoïque, ça vaudra mieux.
- Bonjour vous
êtes sortis seul ?
- Euh oui, je
ne tenais plus. Avant je n’aimais pas l’odeur des hôpitaux, mais là, même l’air sent mauvais.
Ils échangèrent un regard complice et bref, mais qui devait signifier beaucoup. Du moins pour eux.
- Nous sommes
un peu pareil, commença le médecin.
- Mais vous y
travaillez !?
- Oui et c’est
pour ça aussi que je vais souvent à l’extérieur, pour respirer plus sain.
- C’est étrange
tout de même…
-
Quoi ?
- Non rien,
c’est vraiment absurde et je ne suis pas sûr non plus que ce soit vrai.
- Eh bien,
dîtes le nous quand même. Un homme seul ne peut avoir d’auto-confirmation pour savoir si quelque chose est absurde ou non. Il lui faut l’aide d’une tierce personne.
- Comme vous
par exemple ?! J’ai l’impression d’entendre des choses que je ne devrais, ou plutôt que je ne pourrais pas entendre. Des sons, des voix qui se trouvent loin. Comme maintenant, il me semble
que j’entends la voiture de mes parents, et pourtant je ne les vois pas sur le parking.
- Ce n’est
peut-être qu’une impression, vous avez peut-être cru entendre quelque chose, en voyant quelqu’un, ça peut arriver. Le cerveau à parfois des lenteurs…
- Ce qu’essaie
de dire mon frère, coupa le médecin, c’est que cela ressemble un peu à un ‘déjà vu’, vous savez, cette impression que vous ayez déjà vécu une scène, comme si vous l’aviez visualisé dans un
rêve…
- Je connais,
en effet, mais là, vous m’exposez la version scientifique de la chose.
- Ah tu vois
Michel, il est comme moi, il est sceptique, tant que la science ne l’aura pas prouvé par A+B, je conserverai ma vision irrationnelle des choses, me coupa le policier en me faisant un sourire
complice.
- Messieurs, je
crois qu’il faudra que l’on remette cette discussion à plus tard, car voila vos parents.
- Vous les
aviez peut-être réellement entendus arriver…constata le médecin.
- Si vous
voulez poursuivre cette discussion, ce dont je doute, vous avez toujours mes coordonnées.
Mes parents arrivèrent et nous saluèrent avant de passer à l’accueil pour signer les papiers nécessaires. Lorsque nous quittâmes les
lieux, les frères Mendez me donnèrent une poignée de main franche et amicale. Après quelques pas, je les entendis rigoler.
Le soir même j’appelai Prysc pour lui dire que dès le lendemain je retournerai en cours. Nous discutâmes longuement avant de
raccrocher. Elle me raconta les dernières rumeurs qui courraient au bahut, certaines sur moi. De mon côté, je lui dis comment mes parents avaient encore voulus savoir comment je m’étais retrouvé
à l’hôpital.
Trois jours s’étaient écoulés, j’avais repris les cours, et je pus me rendre compte que les rumeurs les plus folles sur moi
circulaient bon train. Ainsi j’appris que j’avais été soupçonné de meurtre par les forces de l’ordre, sur qui ? Personne ne le savait vraiment. L’on disait aussi que j’ai été suspecté dans
l’enlèvement de quelqu’un. Enfin c’était vraiment du grand délire, mais à quoi bon dire quelque chose, comme toute rumeur, un autre ragot viendrait faire taire la précédente avant qu’à son tour
qu’un autre vienne l’éteindre et ainsi de suite. Voila le quotidien des lycées. Mes camarades de classe me demandèrent si j’allais mieux, ‘étrange’ me suis-je dit, eux qui ne me parlaient
uniquement pour que je leur rende service. J’expliquai que l’on m’avait retrouvé inconscient sur le bord de la route et que l’on m’avait conduit à l’hôpital. Je compris cinq minutes plus tard mon
erreur.
‘Inconscient sur la chaussée’ dans leur esprit de débiles cela résonnait comme ‘coma éthylique’ et donc pouvait se comprendre par
deux choses, soit que je ne savais pas boire, soit que je faisais plus la fête qu’eux. Mais les connaissant un peu, ils opteraient sans aucun doute pour la première option.
Encore une fois, Pysc m’avait été d’une grande aide, car lorsqu’elle se trouvait avec moi, je ne me considérais plus comme individu
seul et méprisable, mais en tant qu’individu au sein d’un ‘groupe’. Elle me soutenait moralement, même si je montrais que je n’étais pas affecté, enfin, je crois, c’est la tête que je fais pour
ne rien montrer.
Les cours s’achevèrent, j’allais enfin pouvoir souffler, changer d’air, être au calme, mais ce n’était sans compter sur les nouvelles
technologies. En effet, mon mobile sifflota un air de ‘Q.I.’, je décrochai rapidement tandis que je remontais dans le bus. C’était le gendarme Mendez, avant que je ne pus dire quoi que ce soit,
des types du bahut me hurlèrent « Fais pas celui qui a des potes, connards. » Je m’assis à la première place libre.
- Des
problèmes ? S’enquit le gendarme.
- Oh non, la
routine, juste ma routine, blaguais-je, même si ce n’était pas ce qui me venait à l’esprit en premier.
- Je vous
appelle pour vous demander de passer à la gendarmerie de La Machine après vos cours.
- Euh oui,
pourquoi ?
- Pour signer
votre déposition.
- Veuillez
m’excuser, j’avais oublié. Mais il y avait un petit problème, mes parents travaillent tous les deux et je suis dans le bus. Serait-il possible de venir samedi matin ?
- C’est comme
vous voulez, mais si c’est juste pour un problème de transport aujourd’hui je termine ma journée dans moins d’une heure, je pourrais vous reconduire chez vous. De plus, nous avons une discussion
qui n’est pas terminée.
- C’est vrai,
mais nous opterons uniquement pour un point de vue irrationnel, plaisantai-je, puisque votre frère ne sera pas là.
- Et alors,
n’est-ce point là le mieux ?
-
Peut-être.
- Eh bien à
tout à l’heure.
Je ne savais pas pourquoi, mais cette petite discussion me fit du bien, me réchauffa le cœur si je puis me dire. Peut-être était-ce dû
au fait que, pendant un moment, au milieu de la vie de lycéen, j’étais ‘entré’ dans une vie différente, même qu’un bref instant.
Mon Mp3 me permis de prolonger mon échappée hors de ce monde, la musique masquait la voix des autres et de leurs railleries.
Vingt minutes s’écoulèrent et je descendis à l’arrêt de la ‘boule blanche’, l’air frais me fit du bien. Je marchai dans les rues d’un
pas rapide, c’était mon habitude, des personnes ne me connaissant pas pourraient penser que je fuis quelque chose.
Un frisson glacé me parcouru l’échine lorsque je me retrouvai face à la gendarmerie, mais je me forçai à avancer, je ne sais pas ce
que je redoutais. Monsieur Mendez était à l’accueil et semblait m’attendre. Il faut dire qu’il était presque 18 heures. Il m’offrit une poignée de main franche, j’essayai de faire de même, mais
apparemment j’échouai. Il me conduisit jusqu’à son bureau, il me présenta le document de deux pages. Je le lus entièrement en essayant de faire vite, pour ne pas le retarder. Mes propos y avaient
été rapportés au mot près. Je découvris alors au bas du recto de la deuxième page le prénom du gendarme qui se trouvait devant moi. Il s’agissait de l’adjudant Sovan Mendez. Je signai sous le
miens et lui rendis le document, en m’excusant d’avoir mis du temps pour le relire. Il se leva, je fis de même, il enfila une veste par-dessus son costume, il faisait pourtant pas froid. Je
devais le regarder étrangement car il répondit à ma silencieuse interrogation.
- Il va
pleuvoir d’ici très peu de temps.
- Mais la météo
annonçait une belle journée…
- Ne te, je
vous prie de m’excuser, ne vous fiez jamais à la météo et faîtes confiance à votre instinct. Tu… euh décidément… vous…
- Vous pouvez
me tutoyez si vous voulez.
- Merci, c’est
juste que vous… tu me fais penser à mon frère.
- Ah ? En
tout cas vous avez l’air de bien l’apprécier, autant que je puisse en juger.
- C’est vrai.
Et, qu’est-ce qui te fais penser ça ?
- Hmm, eh bien,
je pourrais dire que c’est à cause de la façon dont vos yeux brillent lorsque vous êtes en sa présence. Mais c’est ce que me susurre mon instinct.
- Bien, vous
apprenez. Allons-y, vous me guiderez.
- Je… oui.
(J’étais un peu déconcerté, il arrivait à passer du tutoiement au vouvoiement avec une facilité déconcertante.)
Mais il était déjà devant la porte d’entrée, il marchait vite lui aussi, sans doute plus vite que moi. Que fuyait-il lui, si toutefois
il fuyait.